Scènes

Stage NOLA – 17 octobre 2012, troisième jour

Je ne m’attendais pas à trouver la ville aussi belle. New Orleans est certes une grande métropole à l’américaine, mais avec un charme qui lui est propre.


Je ne m’attendais pas à trouver la ville aussi belle. New Orleans est certes une grande métropole à l’américaine, mais avec un charme qui lui est propre. Avant d’attaquer la narration de cette nouvelle journée à New Orleans, il faut d’abord que je vous raconte en deux mots notre soirée de la veille. Je suggérais que nous irions voir le Rebirth Brass Band, et nous avons finalement opté pour une découverte à pied du centre ville.

Le Rebirth joue de toute façon chaque mardi, et nous essaierons de nous rattraper la semaine prochaine. Les musiciens ont ici des gigs réguliers, et il est assez facile de savoir qui joue où chaque soir. Je reviens donc à notre petite balade nocturne. Je ne m’attendais pas à trouver la ville aussi belle. New Orleans est certes une grande métropole à l’américaine, mais avec un charme qui lui est propre.

Après avoir pris le tramway qui nous amène au bout de Canal Street, nous laissons derrière nous les immenses buildings et le casino. Je découvre le fleuve Mississippi. Majestueux. A quelques pas, on longe le Natchez, célèbre bateau à aubes, sorte d’emblème (un de plus) de cette ville. Le Natchez propose de petites croisières sur le fleuve, avec évidemment des orchestres à bord qui jouent du vieux jazz, tendance Dixieland. Tout ça sent bon l’usine à touristes, mais le bateau est si beau…


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En s’enfonçant vers le French Quarter, nous passons à Jackson Square, un très joli parc qui met très en valeur la cathédrale St Louis. Et puis finalement, nous entrons dans ce fameux French Quarter. Les rues y sont plus étroites et il y a beaucoup de monde. On croise des boutiques aux devantures magnifiques, et je vois qu’il y a ici de l’artisanat, des galeries d’art, des épiceries fines très chic… Chaque enseigne, chaque immeuble semble être chargé d’histoire. Cette sensation me fait ouvrir les yeux très grands, et je me sens comme un gamin à qui l’on vient de faire une grande surprise. Au détour d’un carrefour, devant un magasin Footlocker, nous croisons un Brass Band de jeunes vraiment excellent ! Quatre trombones, deux trompette, deux sousaphones, une caisse claire, une grosse caisse… Quelle énergie, et quel groove ! Bienvenue à New Orleans.

A la recherche d’une bonne table, nous tentons notre chance à l’Aqme Oyster House, célèbre restaurant qui propose de fabuleuses écrevisses paraît-il. La queue est trop importante, et nous continuons notre chemin. Nous arrivons à Bourbon Street, et là, j’hallucine de nouveau devant la quantité de clubs ! Il y a des groupes qui jouent partout, souvent le dos à la vitrine du bar. La rue est interdite aux voitures tant la foule est grande (et nous ne sommes que mardi soir). J’apprends que New Orleans est une ville à part aux USA quant à la tolérance vis à vis de l’alcool. Boire dans la rue n’est pas un problème. C’est en théorie interdit, mais toléré. Cela attire une grande quantité de touristes américains qui n’hésitent pas à venir passer ici un week-end bien joyeux… (pour preuve, ces nombreux couples, d’âge parfois avancé, que l’on croise complètement cramés).

Sur Bourbon, tout ne semble pas très bon, la musique qu’on entend est souvent commerciale et la rue sent le business à plein nez. J’ai l’impression qu’on y véhicule davantage les clichés de New Orleans. Je reste quand même ébahi devant cette culture de la musique jouée live, et j’achève de comprendre pourquoi cette ville est si spéciale. Je vous passe les détails de la fin de soirée, où nous ferons une assez mauvaise expérience dans un restaurant mexicain pas fameux… Je me couche avec les gars, vers minuit, complètement rincé de la journée.

Levés ce matin vers 7h45, on attaque un nouveau workshop vers 9h au Chickie Wah Wah. Aujourd’hui, c’est le batteur Walter Harris qui vient nous voir. Walter arrive avec t-shirt et casquette estampillés Treme. Il fait partie des acteurs de cette célèbre série américaine qui porte le nom d’un quartier « downtown » de New Orleans. Il y joue le second d’un chef Black Indian. Walter vient aussi pour nous présenter les Black Indians, leurs chants, leur musique. Après avoir installé sa batterie, il ne tarde pas à jouer. Il nous montre toute la subtilité des accents de la batterie New Orleans. Ça groove à mort, rien à faire ! Tout le monde écoute, assez subjugué. J’en profite pour mettre mon petit enregistreur Zoom en mode Record… S’engage alors une discussion très intéressante entre Walter et Alain, le batteur de notre band, MixCity. Walter nous montre beaucoup de choses, notamment les nuances de jeu que l’on peut trouver entre un musicien qui a grandi à New Orleans Downtown (les quartiers plus pauvres, comme Treme), ou un autre qui aura grandi Uptown (quartiers riches). Il nous raconte son enfance, comment il a appris la musique (pas un seul cours de batterie !)… Une anecdote qui en dit long sur la manière dont les musiciens grandissent ici : il est fréquent de croiser des musiciens qui emmènent leurs enfants en très bas âge dans les clubs de jazz, histoire qu’ils s’imprègnent de la musique. Le swing dans le biberon !

Avant la pause de midi, nous finissons par jouer un bon moment avec Walter, des morceaux de MixCity, mais aussi un standard des Meters, puis le « Hey Pockey A-Way », célèbre Indian song très jouée ici. Parfaite introduction à la musique des Black Indians. La batterie y est jouée un peu différemment, de manière plus tribale. Il y a aussi un élément incontournable : la cloche (cowbell) ! Walter fait groover tout ça avec une belle aisance, et c’est notamment pour moi un régal de l’accompagner à la basse.

Après le déjeuner, nous accueillons un ami de Walter, Big Chief Otto Feyo. Je ne connais même pas son prénom… Tout le monde l’appelle Big Chief ! C’est assez drôle. Pour le coup, il n’est pas du tout indien, et pas du tout costumé comme ils le sont à l’occasion du Mardi Gras ou d’autres fêtes comme la Saint Joseph ou le Super Sunday. Je ne connais rien des Black Indians, ces tribus noires néo-orléanaises. Il serait trop long de raconter toutes les histoires passionnantes de Big Chief à ce propos… Mais j’y reviendrai, promis, car la sociologie liée aux Black Indians est passionnante. Il nous apprend quelques chants joués lors des parades du carnaval, et surtout leur principe. Les paroles ont une importance capitale. Je remets le Zoom en marche. Les grooves développés entre Walter (qui joue les mailloches, debout, sur un tom basse surélevé) et Big Chief (qui chante et joue du tambourin) invitent vraiment à la transe. Walter nous donne des cloches et nous invite à jouer. Big Chief me voit un peu interdit, ne sachant pas vraiment quoi faire avec la cloche. Il me dit de fermer les yeux, d’ouvrir mes oreilles, et jouer ce que je ressens… Je rentre dans la transe, et je vois que pour les copains, c’est un peu la même !

Nous terminons l’après-midi par deux morceaux que Big Chief et Walter improvisent pour nous. Ils nous chantent une ligne de basse, un groove de batterie, quelques paroles et riffs simples que les cuivres apprennent… La mayonnaise prend vite, ce moment de partage respire la joie et une certaine forme d’essence musicale. Vraiment cool. On rentre à l’India House avec un sourire grand comme ça.

Ce soir, si tout va bien, nous irons voir le Treme Brass Band, dans son club/restaurant à Treme, le Candle Light Lounge.

Stay tuned !