Tilli, Tramontana, Beresford
Flying Slippers
Luca Tilli (cello), Sebi Tramontana (tb), Steve Beresford (p, objets).
Label / Distribution : We Insist !
Flying Slippers, le titre de cet album paru est vraiment très amusant, les chaussons volants pourraient paraître entre le soulier magique de Chantal Goya et les charentaises bien confortables d’un jazz trop propre qui passe dans les algorithmes des soirées philanthropiques. Il n’est heureusement ni l’un ni l’autre, et le Flying Slippers du trio anglo-italien ici présent est plutôt du genre rétif et insolent, mené par la verve du violoncelliste Luca Tilli, habitué de la compagnie de Nino Locatelli ou de Giancarlo Schiaffini et qu’on avait pu entendre il y a quelque temps en solo. Disque court en six parties, il est surtout l’occasion d’une discussion débridée et très égalitaire avec deux fortes têtes de la musique non-alignée européenne, le tromboniste Sebi Tramontana et le pianiste britannique Steve Beresford qu’on retrouve avec plaisir au piano préparé ou non, et même à l’harmonica et aux jouets électroniques (« Part 2 »).
La relation entre Beresford et Tilli est fantastique. Dans la « Part 1 » qui constitue à elle seule le tiers de l’album, ils se répondent avec ferveur, le pianiste jouant souvent une musique influencée par sa grande connaissance de la musique écrite occidentale que Tilli affronte avec une grande nervosité. Dans la « Part 3 », la main droite se balade, alanguie, pendant que le violoncelliste court sur ses cordes ; c’est le thermomètre d’un trio où le trombone de Tramontana est souvent l’élément perturbateur (« Part 6 »). Quelle technique ! Il growle, travaille un jeu d’embouchure remarquable et joue avec toutes les possibilités étendues de la coulisse en tentant souvent de battre Tilli à la course comme dans cette fin de « Part 3 » où le trombone joue des notes très timbrées pendant que ses compagnons fouillent le langage des cordes de leurs instruments respectifs.
Enregistré pour We Insist ! dans la ville de Cernusco sul Naviglio dans la banlieue milanaise à l’occasion du festival, Flying Slippers est une très belle rencontre improvisée où chaque membre est survolté et à son avantage. La « Part 4 », où Luca Tilli est majoritairement à l’archet pendant que Beresford est plongé dans les entrailles de son piano en est la chimie pure, et un précipité qui nous invite à ne nous méfier que d’une chose : le vol plané inopiné d’un chausson non identifié.
