Chronique

Tom Rainey

Obbligato

Tom Rainey (dm), Ralph Alessi (tp), Ingrid Laubrock (ts), Kris Davis (p), Drew Gress (b)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Si Obbligato est le contraire de Ad Libitum (Larousse de la Musique, 2005), si le mot désigne généralement l’obligation pour un instrument d’être présent dans l’accompagnement d’un air, il semble que Tom Rainey ait voulu signifier par ce titre « l’obligation » qu’il s’est imposée à lui-même de jouer un certain nombre de standards de jazz, chose qui n’est guère dans son habitude. Mais au fond peu importe. Ce qui compte, c’est qu’avec ce quintet dont on connaît bien les membres (à part la pianiste Kris Davis), il relève le défi de l’originalité obligée dans cet exercice. Obligée, car sinon pourquoi jouer des standards ?

Très connus (« In Your Own Sweet Way », « Reflections », « Prelude To A Kiss », « Yesterdays », « You Don’t Know What Love Is »), les thèmes interprétés sont saisis à partir de leur squelette fantomatique, ils traversent l’espace musical plus qu’ils ne l’occupent, vous entourent sans vous pénétrer totalement, se glissent, s’avancent, se font entendre comme tels, puis s’effacent, disparaissent presque, reviennent. Des bribes et des échos. L’interaction des instrumentistes est constante, les improvisations collectives dominent, parfois sur des manières qui ne sont pas sans évoquer de loin la musique baroque. Ce qui nous ramène à l’obbligato. Chacun étant ici l’obligé de l’autre, l’ensemble est très finement mené et fort élégant, plutôt sur le versant de la douceur.

Une séance surprenante, qui prouve (entre autres) qu’entre sens et non sens, comme aurait dit Merleau-Ponty (quelle irrévérence insupportable que de l’appeler simplement « Merleau » comme le fait R. Enthoven !) il n’est pas de frontière aisément délimitée. De même qu’entre « song » et « no song » comme l’a rappelé Denis Badault encore récemment dans un projet musical passionnant.