Chronique

Trio 3

Visiting Texture

Andrew Cyrille (dm), Reggie Workman (b), Oliver Lake (s

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Habitué ces derniers temps à des productions en quartet auprès de quelques pianistes d’importance (Irène Schweizer, Vijay Iyer, Jason Moran ou la regrettée Geri Allen), ce trio qui existe depuis maintenant vingt ans revient aujourd’hui en formation serrée. Les personnalités qui le composent, marquées du sceau d’une liberté dont ils font preuve avec obstination pour développer leur jeu, concentrent tout à la fois l’histoire du jazz afro-américain et une certaine idée de son renouvellement.

Andrew Cyrille fait flotter des baguettes garantes d’un swing palpable mais participe tout autant à la narration par des écarts qui élargissent le propos. La basse de Reggie Workman, également émancipée, est rêveuse quoique opiniâtre et selon les moments introduit des reliefs ou des creux, des pleins ou des déliés.

Par cette capacité d’enrichir le collectif sans rien renier de l’individuel, l’ensemble acquiert une dynamique inextinguible dont Oliver Lake sait d’ailleurs tirer tout le profit. Parfaitement à son aise sur cette assise flottante, il traverse l’espace par quelques traits précis jaillissant de bruitismes fauves ou, à l’inverse, s’y s’échouant.

Sur des compositions souples et austères, signées de chacun d’entre eux (plus une d’Ornette Coleman), ces trois septuagénaires confirmés (Reggie Workman fête ses 80 ans) sont les détenteurs d’un savoir élaboré voilà plusieurs décennies. Sans nostalgie ni mélancolie, ils montrent que la musique est l’eau de jouvence d’un jeunesse sans âge.