Chronique

Ulf Wakenius

Momento Magico

Ulf Wakenius (g).

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Après Vagabond [1]) enregistré en trio avec Vincent Peirani et Lars Danielsson, le guitariste suédois Ulf Wakenius revient seul pour un album dont le titre, Momento Magico, est aussi celui d’une composition qu’on peut considérer comme l’un des morceaux de bravoure de ses concerts aux côtés de Youn Sun Nah. Cette dernière – à qui la composition est dédiée – se plaît à rappeler que Wakenius fut le dernier guitariste d’Oscar Peterson, et ne manque jamais de souligner la virtuosité d’un artiste qui a toujours su rester humble, parce qu’il se sait « béni d’avoir connu de grands moments avec des artistes formidables ». Outre le pianiste canadien et la chanteuse coréenne, on citera par exemple Herbie Hancock ou Pat Metheny…

Pour cette balade onirique en solitaire, Ulf Wakenius alterne entre carnets de voyage en Inde, au Mali, en Chine, en Grèce ou en Russie et hommages à des musiciens qu’il admire : Esbjörn Svensson, Keith Jarrett et – comment faire autrement ? – le grand Wes Montgomery, qu’il considère comme un génie du jazz. Sans oublier un petit détour du côté de chez Satie (« Gnossienne »), précurseur du minimalisme, et de Trénet (« La mer »), dont les compositions font l’objet d’une interprétation épurée où les instants de silence comptent beaucoup ; ces reprises se coulent avec naturel dans le flux et le reflux d’une musique constamment vagabonde.

D’un point de vue formel, Momento Magico est un disque de lumière où le jeu de Wakenius, entièrement acoustique, exprime au plus près la sérénité inspirée par les heures intenses vécues pendant des décennies à travers le monde et par les rencontres qui l’ont enrichi, tant du point de vue artistique qu’humain. Il s’apparente à une déclaration d’amour contemplative dont le caractère universel – nous sommes ici à la croisée du jazz et d’une world music tout en retenue – est à même de conquérir un public large, sans pour autant tomber dans le piège du guitarisme ni même d’une musique « passe-partout » et sans saveur. Car au-delà de l’exigence technique d’une interprétation sans faille - sa marque de fabrique -, Ulf Wakenius réussit le pari d’un chant qui ne fait jamais de concession à la joliesse. Sa vibration est forte, elle résonne de mille histoires qui sont aussi les nôtres et parlent au cœur.