
Vincent Courtois & Colin Vallon
A Simple Fall
Vincent Courtois (cello), Colin Vallon (p).
Label / Distribution : BMC Records
On se souvient de Firebirds, un disque enregistré à la Buissonne par deux habitués des lieux, le violoncelliste Vincent Courtois et le pianiste Bill Carrothers : ambiance chambriste et grand recueillement. C’est pour perpétuer cette voie que Vincent Courtois a convié le pianiste suisse Colin Vallon, connu notamment pour son trio avec Julian Sartorius qui fit les beaux jours de HatHut. Le violoncelliste a une prédilection pour les claviers - on l’a entendu notamment avec Benjamin Moussay, Aki Takase ou encore plus récemment avec Sophia Domancich à Nevers [1] - et pour les esthétiques où la musique écrite occidentale se mélange à l’improvisation ; c’est exactement le champ dans lequel il retrouve Colin Vallon, comme en témoigne « Floricel » où le piano s’aventure dans ses entrailles avec un faux air de Ligeti pendant que le violoncelle piaffe avant de se faire plus lyrique. La connivence est immédiate.
On ne peut que remarquer dès les premiers instants la qualité cinématographique de ce duo. A Simple Fall raconte des histoires et va quérir l’émotion. Elle peut être contrastée voire orageuse lorsque le piano tremble de toutes ses cordes sur l’intense « Bariolages », qui s’habille d’une certaine dramaturgie. Au contraire, elle est très nonchalante sur le très beau « Done And Done », lorsque piano et violoncelle vont à l’unisson chercher quelques couleurs d’aquarelle sur une toile minimaliste. Conçu dans la douleur de la perte par Vincent Courtois, puisque « A Simple Fall » fait allusion au décès de sa mère, ce disque est l’essence d’un résilience qui se diffuse entre douceur et gravité, à l’image de « Descent » qui montre à quel point le violoncelliste est un maître du pizzicato ; on pense à L’imprévu, ce magnifique solo d’il y a quinze ans où règnent l’introspection et cette même poésie de l’instant que le piano peut noircir ou bien sublimer.
Enregistré pour le label BMC, le duo propose d’ailleurs un titre en l’honneur du valeureux label hongrois. « BMC » est d’abord complexe avec le piano préparé mais l’archet de Courtois le rend soudain limpide, gardant cette insoutenable légèreté chère aux rives du Danube. A Simple Fall est un disque qui vous accompagne longtemps car il est plein de recoins et de surprises. L’abstraction n’y a pas tout pouvoir, mais elle s’instille partout, laissant libre cours à la nuance, ressource rare de nos jours et qui éclaire « A Simple Fall », morceau-titre, d’une lumière si belle qu’elle n’est pas près de s’éteindre.
