Vincente, Dikeman, Parker, Drake
No Kings !
Luís Vicente (tp), John Dikeman (ts), William Parker (b), Hamid Drake (d)
Label / Distribution : JACC Records
Trompettiste flamboyant, le Portugais Luís Vicente présente toujours des projets où le free jazz est un moteur, côtoyant au passage quelques beaux représentants de l’exercice, d’Onno Govaert aux frères Ceccaldi en passant par Karoline Leblanc. Souvent mû par l’urgence, Vicente aime les prises de paroles rapides et déflagratrices, autour d’une base rythmique solide. Ici, ce sont rien de moins que William Parker et Hamid Drake qui se chargent de ce travail, alors que le quartet accueille aussi le saxophoniste John Dikeman, un de ces saxophonistes puissants qui aiment le chaos. Si Dikeman, Américain installé aux Pays-Bas depuis de nombreuses années, collabore depuis longtemps avec Drake, il convient de rappeler que le quartet avait, avant ce No Kings !, déjà enregistré le musclé Goes Without Saying But It’s Got to Be Said en 2020.
No Kings !, le sujet est brûlant. Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, c’est même devenu un mot d’ordre et une façon de percevoir le monde : ni dieu, ni césar, ni tribun, le quartet se sert de cette énergie pour affirmer un jeu frénétiquement libertaire et collectif. Si parfois la trompette prend de l’avance, c’est qu’elle a le ténor de Dikeman à ses trousses et que la contrebasse avance à pas de géant. Le rôle de Parker dans le quartet est clairement celui du liant ; lorsqu’il s’offre quelques échappées belles, c’est pour mieux laisser aux soufflants le temps de repartir au combat. Dans le même mouvement, et de manière assez surprenante au regard de ses collaborations passées avec Dikeman, le jeu de Drake est assez débonnaire. Les tambours s’affolent au même rythme que Dikeman et Vicente, pour revendiquer une véritable parole collective.
Constitué d’un morceau unique d’une heure, enregistré au Bimhuis en 2022, No Kings ! est une preuve éclatante que Luís Vicente est l’une des voix européennes prépondérantes du free jazz et des musiques improvisées. Son entente avec Dikeman est immédiate, et particulièrement brillante dans le dernier quart de ce titre d’une heure, quand la tension laisse peu à peu place à un très beau travail de la doublette rythmique aux franges du silence. Paru sur le label Jacc Records, No Kings ! est un délice qui trouvera sa place dans bien des discothèques.

