Chronique

Xangorchestra

Quando le tigri fumavano

Label / Distribution : Aut Records

Quand les tigres fumaient, l’expression signifie dans les contes et légendes coréennes « Il y a fort longtemps ». Loin de nous mettre sur une piste orientaliste pour ce premier album du collectif bolognais Xangorchestra, cela souligne le côté picaresque d’un orchestre de onze musiciens. Un ensemble qui prend place dans une tradition italienne largement ancrée, celle du grand orchestre très théâtral, à la manière de l’Instabile Orchestra ou plus proche de nous du Dinamitri Jazz Folklore. Soit une façon de mélanger un jazz classique, bien incarné par la clarinette d’Enrico Erriquez dans « Sinfonia : I. Allegro » - premier mouvement d’une suite en annonçant d’autres et travail assez iconoclaste autour de Mingus - et une tonalité résolument festive.

Il y a une dimension politique dans le jazz du Xangorchestra. Bien sûr, il revendique l’héritage du Liberation Music Orchestra ou de Misha Mengelberg, ce qui est sensible dans un morceau comme « Sinfonia : IV. Finale » avec la belle introduction de Sergio Mariotti à la contrebasse, soutenu par la guitare de Lorenzo Negroni et le travail de déconstruction de la trompette de Giulio Ferraro. Politique, car le collectif Xangorchestra s’est constitué comme une entité libre, loin des financements d’État, dans une Italie qui vit sous une chape de plomb. Il y a dans la musique du onzetet quelque chose d’un éclat rigolard et libertaire, qui prend le temps de construire avec le sourire. Il en résulte une musique joliment revêche, faite de morceaux courts qui n’appartiennent qu’à l’orchestre et ont pourtant une portée universelle : celle d’une révolte qui construit ses lendemains. À ce titre, on y verra comme une fraternité théâtrale avec le Surnatural Orchestra.

Paru sur le label Aut Records, où un premier disque du saxophoniste Marco Porceluzzi avait déjà été édité, Quando le tigri fumavano est un beau témoignage de liberté. S’il y avait un orchestre auquel le Xangorchestra pourrait se référer pleinement, à l’image d’un « Suite : II. Approfondisco », ce serait le Willem Breuker Kollektief, tant dans la démarche que dans la musique, profondément populaire dans ses racines et sacrément complexe dans sa réalisation. Une musique qui danse et qui dit sa joie sans entrave d’institutions mortifères. Une musique sur la crête, qui reprend un flambeau jamais vraiment éteint.

par Franpi Barriaux // Publié le 19 avril 2026
P.-S. :

Giulio Ferraro (tp), Enrico Erriquez (cl), Giulia Carriero (ss), Marco Porcelluzz (as), Olmo Minarelli (bcl), Lorenzo Negroni (g), François Ndayambadje (g), Vincenzo Bosco : piano
Sergio Mariotti (b), Mattia Bassetti (d), Vincenzo Vasi (voc)