Chronique

Aniello Perduto

Segni Semi

Roberto Di Blasio (ss), Marco Porcelluzzi (ts), Simone Vincenzini (d)

Label / Distribution : Aut Records

D’abord considéré comme un solo du saxophoniste Roberto di Blasio, Aniello Perduto, l’agneau perdu à qui l’on devait le très poétique Cade La Neve Sovrana, Vicina è la Stella Lontana propose une nouvelle forme, en trio avec le batteur Simone Vincenzini au milieu d’une joute de saxophones. On la découvre dans « Amigdala » et son dédale rythmique où le soprano de Di Blasio tente d’échapper au ténor puissant et très directif de Marco Porcelluzzi. Dans cette configuration, Aniello Perduto galope, à la fois excité et apeuré, avant que « Ciglio » nous offre une nappe de saxophone visqueuse et entêtante où la batterie reste en retrait, comme engluée par le soudain tutti.

L’atmosphère est primordiale dans ce disque d’une jeune garde transalpine rassemblée à Udine. Elle est faite d’instantanés, de courts morceaux où le saxophone mène la marche, même si, comme dans « Pallardo », la batterie, d’un geste martial, conduit les soufflants dans une esthétique qu’on croirait héritée du free des années 70, celui de Black Saint ou d’autres labels mythiques italiens. La batterie de Vincenzini s’adapte à ce que proposent ses camarades. Dans « Nulla », il rompt le propos monochrome par des trouvailles de tambours et d’objets parsemés, donnant à l’ensemble un climat de lutte lointaine et étouffée mais présente, notamment lorsqu’une lame de fond souterraine vient s’en mêler et tout redistribuer. C’est la musique d’un film immobile, une animation invisible aux seuls yeux.

Publié par le label germano-italien Aut Records, spécialisé dans les projets aux franges des expressions, Aniello Perduto est un projet étrange et fascinant dont la pochette dessinée offrait déjà de nombreuses pistes. Le trio va chercher le mouvement et le naturel jusque dans l’apparent immobilisme, faisant de la stridence un explorateur des profondeurs (« Aria di Vetro »). Le pouvoir d’imagination du petit agneau n’est pas perdu pour tout le monde. Il s’inscrit durablement dans l’improvisation européenne.

par Franpi Barriaux // Publié le 21 décembre 2025
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