Scènes

Géraldine Laurent Time Out trio

Un trio bop/hard bop qui mérite toute notre attention.


Les jazzwomen sont partout depuis quelques mois. Les laisserait-on s’exprimer plus qu’avant ?… Quoi qu’il en soit tout le monde parle d’elles, que ce soit dans les journaux spécialisés, à la radio ou aux Victoires du jazz… Quel engouement subit ! Citizen Jazz a envie de vous parler de la saxophoniste Géraldine Laurent ! Et pas seulement parce que c’est une femme !

Une des particularités de ce Time Out Trio (Géraldine Laurent avec Laurent Bataille à la batterie et le contrebassiste Yoni Zelnik) est de projeter un éclairage varié sur l’héritage culturel du jazz américain des années 60, mais avec une orientation hard bop un peu déjanté. Dans son jeu, G. Laurent réussit à intégrer des influences multiples pour donner à chaque interprétation un côté personnel en créant des atmosphères singulières là où on ne l’attend pas. Sans reproduire, elle honore ces sources d’inspiration avec sa propre verve et ses propres pulsations.

Le concert commence sur des envolées surprenantes sur un morceau de Cole Porter, suivies par une série de relances sur « Les » et « Serene » d’Eric Dolphy. Le ton est donné, Time Out trio est là pour nous surprendre et se surprendre !


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G. Laurent © H. Collon/Vues sur Scènes



De Wayne Shorter à Charles Mingus en passant par Lee Konitz, Géraldine Laurent dévoile un concentré de ses influences et de ses goûts. Ces thèmes ainsi redécouverts enchantent ; on s’amuse à reconnaître dans son jeu des élans « dolphyiens », des clins d’œil, volontaires ou pas, à McLean ou des sonorités colemaniennes.
Sur certains standards, on a l’impression que le style du trio est en décalage par rapport à la composition : un peu déroutant, peut-être… Et on prend conscience que cette formation n’est pas là pour nous jouer un simple standard mais l’interprète avec son caractère et son humeur propre. Le Time Out trio fait ainsi renaître le côté « laboratoire » du club de jazz.

Le drive de Bataille est sûr et rassurant ; on sent que le trio a travaillé et joué. Ce travail de fond n’a rien de novateur en dehors de la structuration des thèmes, ici rénovés, mais apporte une architecture où chacun connaît sa place et remplit son rôle pour permettre la circulation des idées.

Ainsi, Yoni Zelnik et Laurent Bataille étendent un tapis rythmique basé sur une structure mouvante faite de surprises. Entre « stops and go » rythmiques, accélérations du tempo et densités ascendantes pour finir sur une coupure de tempo, le trio est à l’aise avec lui-même et avec les pièces qu’il évoque sur scène. Cette confiance , cette maîtrise technique lui confèrent une très bonne motricité dans l’interprétation des morceaux.

Que ce soit sur « Fables of Faubus » de Mingus ou « Tautology » de Konitz, la forte implication du batteur amène Géraldine Laurent à jouer en fonction de ses structures rythmiques et à en dégager un discours réflexe et risqué. Très vive d’esprit dans ces réponses, elle surprend par la qualité de ses chorus insolites ou poétiques, son goût de l’harmonie et son imagination mélodique. Très à l’aise, elle n’hésite pas à provoquer des situations de déséquilibre qui sont autant d’appels à son batteur.


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Sur « Rejoicing » d’Ornette Coleman, le tempo est rapide, si rapide que G. Laurent chute sur le timbre par manque de fluidité. Mais la série de mini-chorus sax/batterie, amusants au premier abord, finit par mettre en avant la richesse du dialogue, à tel point qu’il en devient lumineux.

Le sax de cette artiste très complète se fait tranchant dans les ballades. On pense à « Skylark » où son jeu se mêle à une douceur d’arrière-plan qui ne demande qu’à jaillir, mais reste à nous chatouiller le bas du dos.

Voilà un trio bop/hard bop qui mérite toute notre attention. Depuis quelque temps, ce trio se produit un lundi par mois au Duc des Lombards à Paris. Saluons le programmateur, jean-Michel Proust pour cette initiative !

Par ailleurs, on attend avec une certaine impatience d’entendre les compositions de Géraldine en concert. Pour cela, il faudra attendre avec impatience la venue de son autre trio - composé celui là d’Hélène Labarrière à la contrebasse et d’Eric Groleau à la batterie. Soon we hope !

par Jérôme Gransac // Publié le 25 juin 2006
P.-S. :

Time Out Trio :
Géraldine Laurent - as
Yoni Zelnik - cb
Laurent Bataille - dr