Alexandra Grimal

Marée Basse

Alexandra Grimal (ts, ss), Alexandre Saada (cla), Naoto Yamagishi (perc)

Label / Distribution : Auto Productions

Après de nombreuses expériences convoquant la musique contemporaine qui est un jardin pour Alexandra Grimal, de La Vapeur au dessus du riz à Monkey in an Abstract Garden, il est toujours intéressant de voir la saxophoniste revenir à la grammaire de la musique improvisée… Pour s’apercevoir qu’il n’y a dans le langage que d’infimes divergences mais que le propos reste là, plein d’onirisme et d’espace, quel que soit son interlocuteur. C’est ce que nous avions noté à l’occasion de son récent échange avec Giovanni di Domenico, et c’est ce que l’on constate dans cet intrigant Marée Basse, sorti en trio avec deux compères aux parcours différents : d’un côté Alexandre Saada dans un rôle très attentif, sur le qui-vive, proche de ce qu’il avait pu proposer il y a quelques années avec Élise Dabrowski. De l’autre le percussionniste nippon Naoto Yamagishi, artiste sensible et avare de gestes, qui fait de son jeu un écho aux sons naturels du vivant : feuille, feulements, eau vive sont autant de phonèmes.

C’est tout le sujet de “Marée Basse 1” où le piano de Saada erre doucement dans des zones de ruptures que le percussionniste souligne avec beaucoup d’attention. Il y a quelque chose d’absolument naturel dans cet échange que Grimal souligne avec beaucoup de douceur. Souvent, son soprano naît du frottement d’une cymbale comme pour mieux en perpétuer la stridence, ou reste comme un écho, une persistance dans un flux comme le vent, tout proche d’un silence inexorable. Le trio est soudé dans une forme d’infiniment petit où chaque geste est calculé dans le temps long, s’avance et se retire à la manière des vagues. C’est encore plus vrai dans “Marée Basse 2” où le piano s’égrène dans les aigus avant de laisser place à un harmonium qui embrasse le goût d’Alexandra Grimal pour les notes tenues et les nappes incertaines, comme des écharpes à la fin de l’automne. C’est d’ailleurs avec bonheur qu’on retrouve sa voix psalmodiante au-dessus des notes, comme pour offrir davantage encore de naturel.

Avec Marée Basse, la saxophoniste réaffirme si nécessaire son tropisme japonisant, soucieux des éléments et de leur expression naturelle. Son alliance avec Yamagishi, qui est la véritable découverte de ce disque, est un pas supplémentaire dans ce qui peut désormais s’assimiler à une double culture. Le rôle de Saada est avant tout d’offrir du mouvement dans ce microcosme, comme l’étincelle fait souvent place au feu qui couve. Enregistré à Paris en avril dernier, Marée Basse est un diptyque qui se lie à un autre enregistrement, Le Jardin des soupirs en duo sans Saada, enregistré au jardin des soupirs, avec les oiseaux, la ville et les bruits d’enfants ainsi qu’une danseuse, où l’on entend le frôlement des feuilles se mêler au travail du percussionniste avec une poésie rare et fragile. Un concentré grimalien.