Bascaille + Weston Olencki

The Mortgage Burn

Tom Jacques, Antoine Létourneau Berger, Noam Bierstone, Weston Olencki (vln, perc, objets, elec)

Label / Distribution : Relative Pitch

Tradition anglo-saxonne, le Mortgage Burn est une fête organisée à l’occasion du remboursement d’un prêt immobilier, consistant à faire ripaille et brûler l’échéancier de remboursement. On ne sait qui, du trio québécois Bascaille ou du multi-instrumentiste Weston Olencki, a terminé de payer ses traites, mais le fait est que le feu brûle. Doucement, à braises lentes, couvant sous le vent.

On a connu Olencki, désormais installé à Berlin, tromboniste et électronicien dans divers projets nord-américains radicaux, notamment avec Joanna Mattrey. Il est également ingénieur du son, passionné de field recording ; au vu de l’abstraction de The Mortgage Burn, c’est plutôt là que se situe la clé. La musique du quartet laisse beaucoup de place au son, à sa spatialisation comme à son autonomie : ça crisse, ça frotte, ça se heurte dans un grouillement inexorable pour installer une masse sonore que chaque décalage, chaque anfractuosité va patiemment altérer. On est ravi de découvrir Bascaille, soit Tom Jacques, Antoine Létourneau Berger et Noam Bierstone, qui travaillent à Québec en proximité avec l’orchestre GGRIL dont les deux premiers sont membres.

On ne sait pas qui joue quoi, de Bascaille ou d’Olencki, et ce n’est pas anodin. Lutherie sauvage, objets, percussions, tout est nébuleux et relève souvent de l’idiophone, jusqu’aux rebonds sur des cordes. On pense au travail de Carlo Costa chez Neither/Nor, mais aussi aux expériences de Frantz Loriot, en tout cas à cette famille. L’électronique nimbe le tout, et Olencki délaisse le trombone pour une musique comme agrandie au microscope, avec son lot d’étrangeté et de fascination. « keep it close to the floor » [1] illustre l’aspect très performatif de cette musique qui est là pour interroger le temps, l’espace et le rôle du son dans la perception. Une perception qui ne perd pas de vue un centre physique comme un noyau, celui du fiddle, violon traditionnel des musiques irlando-américaines, qui agit comme un grain de sable, par exemple dans la déconstruction opiniâtre de « Reel de Rimouski », vieille chanson populaire de la Belle Province. Qu’importe l’hypothèque dans The Mortgage Burn, c’est bien la combustion qui compte.


Notes

[1] Sans majuscules dans l’album.