Jordan White

Music For Imaginary Spaces

Jordan White (g, fx), Elena Kakaliagou (fh), Carlotta Armbruster, Georg Demel (tb), Claire Cross (b), Thomas Sauerborn (d) + Peter Ehwald (ts)

Label / Distribution : Aut Records

Né en Australie, le guitariste Jordan White est installé depuis des années en Allemagne où il travaille beaucoup sur le son et son espace, notamment avec le logiciel SuperCollider, utilisé par Anthony Braxton pour son langage Diamond Curtain Wall. White favorise le son clair, sans travail particulier sur le son de son instrument, mais davantage sur l’écho, omniprésent, quand Braxton voyait SuperCollider comme un générateur de son capable d’interagir avec le langage humain. Avec “Stuck in Giant Tape Machine”, c’est l’écho, conçu comme un gigantesque rebond, qui construit l’atmosphère de Music For Imaginary Places, bien aidé par la batterie de Thomas Sauerborn, qu’on avait pu entendre avec une autre Australienne installée en Allemagne, Shannon Barnett. Mais ce sont les trombones de Georg Demel, pilier du Gellért Szabo Ideal Orchestra et de la prometteuse Carlotta Armbruster, si proches de la voix, qui donnent la direction à un sextet très atmosphérique.

C’est bien là le sens que veut donner Jordan White à sa musique. Féru de musique religieuse, et notamment des chœurs orthodoxes du Caucase et de l’Europe byzantine, le guitariste se nourrit de ces harmonies où la complexité se cache dans les détails quand le premier plan est occupé par la ligne pleine et claire, souvent assumée par la guitare ou par la corniste Elena Kakaliagou que l’on avait découverte chez Raphaël Malfliet mais surtout chez Stefan Schultze. “I’ve Been in Similar Places”, et la persistance des soufflants est à l’image de cette écriture, à la fois très imposante et simple, mélange très troublant de minimalisme et d’emphase qui donnent à l’orchestre la texture abstraite des rêves, bien renforcé par le travail de la guitare.

Jordan White est proche du saxophoniste allemand Peter Ehwald, que l’on retrouve également dans l’orchestre de Stefan Schultze. Il intervient ici en invité sur “Spectral Thumb Guitar Choral” où son timbre très clair est le pendant de la guitare. Il y a une véritable communauté d’idées entre ces musiciens installés en Allemagne, et le disque de White le souligne sans grandiloquence. Il y a, dans Music For Imaginary Spaces, le questionnement de la perspective, au sens architectural du terme, de la ligne de fuite, mais aussi du sacré, de l’impalpable ; des structures au prolongement infini qui donnent à cette musique un sentiment d’étrange assez fascinant.