Scènes

Les Grandes Gueules

au Grenoble Jazz Festival


Salle légèrement excentrée par rapport à la périphérie de Grenoble, mais à la programmation éclairée, l’amphithéâtre de Pont de Claix joue à guichet fermé. Mardi 18 mars 2003.

En 1998, Les Grandes Gueules remportèrent le premier prix du Festival de Jazz de la Défense. Instrumentistes sans instrument, cet ensemble vocal emmené par Bruno Lecossois augure de l’intention et du désir de faire jouer la musique des mots.

Trois tabourets de part en part d’un grand parallélépipède gris au sol et un grand écran comme décor. Les musiciens Elsa Gely, Sonia Nedelec, Christelle Monchy, Candice Danichert, David Richard et Bruno Lecossois avancent pieds nus, habillé d’orange, de rouge, de bleu, de jaune , sur fond de light show électrique en aplat de teinte fluorescentes.

S’il existe bien des méthodes de lecture rapide, eux disent encore plus que ces lectures en diagonale. Les Grandes Gueules « paganinisent » de diction et de vocalises, des textes mouvants autours d’allitérations en « babeboby Lapointe » qui, emplissant leurs bouches, donnent des « Baby Blues des Bambins Dodus Dilapidaient Des Biberons Des Bonbonnes De Bibines », sur des mélopées explorant le contenu rythmique d’un folklore tribal imaginaire.


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© Patrick Audoux


Dans leurs compositions, Les Grandes Gueules superposent sur des rythmes de batucada ensoleillées des mélodies sensibles semblables à des chants macédoniens chantés en français. A moins que ces belles voix n’arabisent sur des tempi électro « downtempo », enclenchant une connexion cerveaux-pieds pavlovienne. A d’autres instants, c’est le sol que ces Grandes Gueules vous font quitter à l’image du titre « pied plume », comme un Steve Reich aux accents grégoriens ou vision de cosmonaute sur fond de terre violette (à chacun ses couleurs).<

Mais ces voix mènentt aussi à la méditation et au recueillement, comme à ce moment impressionnant où une chanteuse assise à genoux entourée de ses compéres et consoeurs entame un raga bavard et mutin tout en onomatopées virtuoses. Préter l’oreille à ces textes en français qui oscillent entre réemprunt folklorique et débit acrobate, ne manque pas d’humour (voir la citation fugitive de « partir un jour » des disparus 2b3 en plein milieu « de brochette aux champignonx en béchamel achetéx aux Shopi ».

En plus de cette diction ultra-rapide, Les Grandes Gueules utilisent une armada d’effets électroniques commandés par
Protools, harmoniseur, flanger , delay et 16 canaux MIDI, que l’on retrouve classiquement dans les studios d’enregistrement pour corriger la voix (le plus fameux étant le detuner, qui retouche la hauteur et peut rendre n’importe qu’elle voix juste). Or, pour les Grandes Gueules calées au clic près via leurs oreillettes, point d’artefact : la technique est une question de couleur, de jeu de superposition, et non de paresse vocale.

Triple applaudissement pour ce moment onirique chanté par ces quatre filles et deux garçons.

par // Publié le 1er avril 2003
P.-S. :

A voir sur Paris le 3 avril au Café de la Danse.