
Lisa Cat-Berro
Solaxis
Lisa Cat-Berro (as, comp), Camille Maussion (ss), Géraldine Laurent (as), Sophie Alour (ts), Céline Bonacina (bs), Timothée Robert (elb), Guillaume Lantonnet (d).
Label / Distribution : Inside Air

S’il fallait appliquer le mot fusion à un disque, ce pourrait bien être ce lumineux Solaxis transporté par une ébouriffante quinte de soufflantes avec pour cheffe d’équipe une certaine Lisa Cat-Berro. On connaît bien la saxophoniste depuis une petite quinzaine d’années, lorsqu’elle avait publié l’album Inside Air (un titre devenu le nom du label sur lequel sort ce nouveau disque) et manifesté un désir profond de mêler différentes influences, du jazz au rock en passant par la pop. Devenue également chanteuse avec Good Days Bad Days, elle affirmait une personnalité dont la force émanait aussi d’une sensibilité à fleur de peau qu’on avait pu comprendre entre les lignes d’un entretien accordé à notre magazine. Ici, le tableau est encore plus panoramique, c’est un peu comme si toutes les musiques devaient être conviées à la fête – jusqu’à une forme très particulière d’électro sans électronique du justement nommé « Analog Technoïd » – tout au long d’une dizaine de compositions dont l’expressivité n’a d’égale que la concision. Lisa Cat-Berro, qui signe l’intégralité du répertoire à l’exception d’une reprise de « Bird’s Lament » de Moondog, décoche des mélodies qu’on aurait envie de qualifier d’évidentes, mais surtout pas de faciles. Elles frappent juste, donnent envie de les chanter et sont traversées d’une joie qui n’a rien de naïf, celle d’un groove fiévreux et contagieux. Cette chaleur-là n’est pas caniculaire, oubliez vos ventilateurs.
Il faut dire que l’équipe réunie ici est de type « all stars », avec sa palanquée de saxophonistes dont le point commun est tout autant le genre (féminin) que l’énergie déployée. C’est un pur plaisir que de savourer les arrangements chatoyants de ces cinq voix (n’oublions jamais que la musique de Lisa Cat-Berro est un chant continu), et de suivre les interventions solistes de chacune d’entre elles : Camille Maussion, Géraldine Laurent, Sophie Alour et Céline Bonacina sont à la fête, chacune d’entre elles étant parfaitement mise en lumière, propulsées par une rythmique, certes mâle, mais tout aussi impliquée dans l’entretien du feu collectif : Timothée Robert et Guillaume Lantonnet sont en quelque sorte les gardiens du temps, qui file à la vitesse de l’éclair.
Pour mille raisons, et pas seulement musicales en nos temps troubles, nous avons tous un grand besoin de ressentir au plus près du cœur la vibration humaniste de cette « sisterhood of breath ». Il est bon, tellement bon, de se réchauffer au soleil de ces saxophones enchantés !


