Maneri et Murcia, duo caniculaire
Le duo réunissant Sarah Murcia et Mat Maneri a proposé un concert intimiste.
Mat Maneri, Sara Murcia © Franpi Barriaux
À l’occasion de ses concerts mensuels, Home Factory n’avait pas forcément prévu que la canicule s’inviterait dans le printemps normand. Plutôt que dans la fournaise de la salle de la Maison pour Tous de Sotteville-lès-Rouen où l’association a ses habitudes, c’est dans un coin plus frais de la structure que le duo réunissant Sarah Murcia et Mat Maneri a proposé un concert intimiste. La chaleur n’était pas, dès lors, uniquement causée par le réchauffement climatique, mais aussi par la force de l’improvisation.
Oublié le clavier bien tempéré, préférez les cordes surchauffées. On a pris l’habitude de voir la contrebassiste Sarah Murcia et le violon alto de Mat Maneri jouer ensemble, ou plutôt deviser avec une grande complicité, cherchant d’abord la concorde avant l’opposition. Pourtant, a priori, les approches peuvent sembler différentes : Maneri a le jeu souvent acéré et à la précision minimaliste que l’on connaît, celui qu’on a entendu récemment avec Brandon Lopez ou avec son vieil acolyte le pianiste Lucian Ban. Quant à Murcia, elle apporte toujours cette fluidité mélodique qui est sa signature, jouant de la contrebasse comme on chante, avec une simplicité rare.

- Mat Maneri © Franpi Barriaux
Voici donc le contexte de cette échange plein de finesse où l’improvisation laisse place à des compositions croisées, non sans que tout cela se réponde. Car voilà bien le plaisir que ces deux ont à jouer ensemble, ils se connaissent par cœur mais ne se cherchent pas. Ils discutent, ils échangent. Lorsque Maneri propose un thème, Murcia construit autour, propose des lignes de fuite, emmène le propos ailleurs sur un terrain où l’alto peut jouer de sa rugosité. Il y a beaucoup de concentration avant leurs échanges. Une installation prompte à la méditation : des silences, des projections mentales. C’est pour mieux acter une communion de cordes que la reprise de « Strange Meeting » de Bill Frisell conclut à merveille. La canicule n’aura pas eu raison de la musique créative.

