Rien Faire

Le Défilé

Alice Perret (cla, voc), Lucas Hercberg (b, g, voc), Corentin Quémener (d, voc)

Label / Distribution : Dur et Doux

C’est une idée qu’on a déjà développée ici, mais il existe chez nombreux musiciens de la sphère non-alignée, aux confins de tous les genres, une tentation pop qui a l’arôme d’une uchronie. Quelque chose qui aurait bifurqué dans les années 80, aurait décidé de prendre la bretelle vers les itinéraires bis sans se défaire des outils et des esthétiques ; juste l’envie de faire autrement sans posture. C’est une ligne qui va bien au label Dur & Doux : on retrouve chez Oasis Boom ou chez PoiL des atomes qui poussent dans cette direction. Un quartet comme Rien Faire l’incarne parfaitement.

Dans Rien Faire, il y a : de l’humour désabusé et de la poésie colorée, comme chez Albert Marcœur surtout mais aussi chez Katerine, sans la production hyper léchée dont il est capable. De l’électronique et de l’électricité qui pourrait convoquer toute une scène (Jérôme Minière, Forever Pavot…) mais c’est encore trop étrange. Trop libre. Il y a aussi dans « Bol de Chips » des allures de B52’s qui auraient changé de psychotropes. Rien faire, avec Alice Perret aux claviers et à la voix, c’est de la musique dérisoire. Au sens premier, celui de la dérision, de la légèreté. Un sac plastique dans un tourbillon de vent, dont la chorégraphie sans logique incite à la contemplation. C’est ce qu’incarne « Explosion », un décalage sur une guitare vaguement surf joué par Lucas Hercberg, qu’on connaît pour Chromb ! Mais surtout le Very Big Experimental Toubifri Orchestra. On ne s’en étonnera pas.

Après un premier album, Peuple, en 2023, Le Défilé est indéniablement plus abouti, plus coloré. « Fermer la porte », avec la batterie plus présente de Corentin Quémener (Toubifri aussi), et le trombone fantomal d’Aloïs Benoit, est l’illustration d’une musique plus incarnée, plus cohérente, qui donne envie de les suivre dans leur univers irisé, comme éclairé par un arc-en-ciel. La musique de Rien Faire est pleine de surprises et faite d’une liberté rare qui doit prendre une dimension plus expérimentale sur scène, où les morceaux peuvent s’étendre dans le temps et convoquer des vieilles chimères qui avaient cours il y a quelques années à Canterbury.