Chronique

Very Big Experimental Toubifri Orchestra

Outre

Label / Distribution : Auto Productions

Il y a dix ans, le Toubifri (VBETO), dirigé par le regretté Grégoire Gensse, faisait son apparition dans nos oreilles avec le délicieux Waiting in The Toaster. Depuis cette date, et notoirement depuis la sortie de l’impeccable Nous avec Loïc Lantoine en 2017, chaque nouvel album de l’orchestre est très attendu. Après avoir rendu grâces au Dieu Poulet en 2021, voici le VBETO de retour avec Outre, où le chant est assuré par la flûtiste Mathilde Bouillot et le bassiste Lucas Hercberg qui signe également certains des textes, notamment le liminaire « Grande main » qui n’est pas sans rappeler la puissante influence d’Albert Marcoeur, tant pour la poésie naïve que pour la scansion unique. Habitué à l’univers foutraque et délicieusement zappaïen de la bande, on est d’abord supris par le climat plus sombre de cet Outre qui semble parfois passer de l’autre côté du miroir avec une légèreté plus onirique que festive.

« Tournicoti » est à cette image : le sax baryton de Stéphane Aurières avance à tâtons dans une pâte orchestrale de plus en plus dense menée par le vibraphone de Mélissa Acchiardi. Comme conscient de sa force de frappe festive, cherchant plus de nuance, davantage de détails, et un relief que les deux batteries (Lionel Aubernon, Corentin Quemener) sculptent avec légèreté plutôt que de l’appuyer avec fougue. L’âge de raison ? Il sourdait déjà dans Dieu Poulet, il se développe ici avec beaucoup de bonheur : les cuivres s’offrent davantage de douceur (remarquable Aloïs Benoit au trombone), comme dans « Vert Jaune » où l’orchestre se livre à un exercice aérien dans lequel chacun a son instant au milieu d’une grande cohésion collective. N’allez pas croire cependant que le VBETO aurait perdu de la poigne ! À l’image du remuant « Joggers », l’orchestre sait aussi faire preuve d’une force brute sous les claviers d’Alice Perret et la guitare électrique de François Mignot. Mais cet éclat fait suite à un chant onirique et volontiers entêtant.

Outre évoque les limbes, un monde invisible qu’il faut conquérir. Un monde au-delà du sensible : « une forêt profonde de feuillus couverts de mousse ». C’est sans doute avec « Maurice » que l’orchestre trouve cette plénitude : la poésie de Loïc Lantoine, si unique, si belle, a toujours montré son meilleur visage au coeur du VBETO. « Je dis il, mais c’est moi », nous dit-il. Je est un autre qui voit Outre ? Il y a tant de grâce ici qu’on peut tout imaginer et se laisser bercer : quoi qu’il arrive, un tel orchestre nous fera toujours rêver.

par Franpi Barriaux // Publié le 9 juin 2024
P.-S. :

Mélissa Acchiardi (vib,perc), Lionel Aubernon (dms, perc), Stéphanie Aurières (bs), Aloïs Benoit (tb, eup), Félicien Bouchot (tp, flh), Mathilde Bouillot (fl, voc), Thibaut Fontana (ts), Lucas Hercberg (b, voc), Grégory Julliard (tb, tu), Emmanuelle Legros (tp, flh), François Mignot (g), Yannick Narejos (ts), Benjamin Nid (as), Alice Perret (cla), Yannick Pirri (tp, flh), Corentin Quemener (dms, perc), Damien Sabatier (as), Laurent Vichard (cl, bcl)