Thiébault, Aridon-Kociolek

The Weather Acoustic

Samy Thiébault (ts, fl, arr), Émilie Aridon-Kociolek (p), Daniel Yvinec (réal).

Label / Distribution : Gaya Music

La météo semble favorable pour Samy Thiébault, même si elle est aujourd’hui moins maritime qu’avec In Waves, son précédent rendez-vous discographique, et surtout moins symphonique qu’à l’occasion de ses Symphonic Tales. Le saxophoniste et flûtiste s’écarte tout autant de ses « histoires caribéennes » et d’une fête dédiée à l’un de ses groupes fétiches, The Doors, comme en témoignait A Feast Of Friends il y a une bonne dizaine d’années. Mais ses amours pour des musiques entrées dans la légende n’en sont pas moins vibrantes. C’est ce que démontre The Weather Acoustic, dédié à la musique du groupe Weather Report, fondé par John Zawinul et Wayne Shorter au sortir de leur collaboration avec Miles Davis, du temps de In A Silent Way. Une formation au sein de laquelle avait évolué un certain Jaco Pastorius, génial bassiste trop vite disparu dans de tragiques conditions.

S’emparer du répertoire de Weather Report – et principalement des compositions de Joe Zawinul – c’est prendre un risque. Celui d’affadir une musique multicolore et transcontinentale qui avait particulièrement brillé durant la seconde moitié des années 70, avec des albums comme Tale Spinnin’, Black Market, Heavy Weather, Mr Gone ou Night Passage. Une mine d’or que Samy Thiébault, réduisant la voilure, explore en duo avec une jeune pianiste de formation classique qu’on découvre pleinement avec ce disque, Émilie Aridon-Kociolek. Au passage, on n’oubliera pas de mentionner que cette paire est augmentée par la présence de l’omniprésent Daniel Yvinec, chargé de la réalisation du disque, avec le sens du ciselage qu’on lui connaît.

Pari réussi pour cette traversée acoustique. Les deux partenaires œuvrent à l’élaboration de ce qu’on qualifiera volontiers de « jazz de chambre », dont les couleurs sont résolument impressionnistes. Cette intimité partagée, qui se joue de la verve mélodique des compositions originelles, ne cherche ni le coup d’éclat, ni la surenchère. Pour autant, le respect de la musique de Weather Report est total avec une cette succession de variations savantes autour de thèmes, parmi lesquels le célébrissime « Birdland », qui fait ici l’objet d’une transformation très ludique, brille particulièrement.

Sans doute faut-il comprendre qu’en 2026, bon nombre d’artistes ressentent le besoin de répondre aux violences du monde par l’affirmation d’une sérénité qui n’est pas un leurre mais bien un acte de résistance. The Weather Acoustic s’inscrit à n’en pas douter dans cette démarche.