Citizen
Édition du 22 mai 2012 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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Plays Marlene Dietrich

Johannes Haage Trio

Johannes Haage (g, elec), Andreas Lang (b), Sebastian Merk (dms, Rhodes)

Le jeune trio berlinois du guitariste leader Johannes Haage livre avec Plays Marlene Dietrich, un premier album qui évoque une figure capiteuse, à la fois charmeuse et lointaine, et devrait permettre tous les voyages oniriques dans l’aura de celle qui fut autant un symbole de Liberté qu’une artiste incontournable. Hélas, la plupart des morceaux, que le trio a choisi dans son répertoire allemand, se résument à un hommage linéaire qui l’engonce dans un propos un peu froid (« Ich weiss nicht, zu wem ich gehöre » et sa ligne de guitare très claire). Haage a été l’élève de Frisell, mais aussi de Ben Monder et cela se sent dans « Ich Hab Noch Einen Koffer in Berlin », plus abstrait, qui doit beaucoup à son subtil jeu de pédales. La vraie découverte est ici le batteur et claviériste Sebastian Merk, par ailleurs leader du quartet Merkur. Alliées à un jeu sec et inspiré, ses digressions au Rhodes, dont il joue sans quitter ses fûts, donnent du relief à un album trop esthétisant qui en manque parfois un peu.

par Franpi Barriaux // Publié le 2 mai 2011
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Don’t Touch It

Benoit Paillard Trio

Benoît Paillard (p), Sam Favreau (cb), Cédric Bec (dm)

Il y a des artistes dont on parle beaucoup, parfois trop, et d’autres pas assez, souvent pas du tout. Bien qu’il ait remporté le prix du jury au Concours de la Défense en 1984 avec Triode, fait plusieurs tournées en compagnie de Riccardo Del Fra, Larry Schneider ou Dave Liebman, et se soit tourné vers l’enseignement du jazz dans le sud de la France, ce pianiste (qui reçoit les éloges appuyés de Martial Solal) est peu connu dans notre univers hexagonal.

Cet ensemble de compositions originales, plus trois titres de deux Kenny, Kirkland et Werner, et une interprétation malicieusement groovy du « Poinçonneur des Lilas » de Gainsbourg, est une preuve convaincante du talent de ce musicien au langage ancré dans la tradition post-moderne par « la clarté de son exécution et l’originalité de son discours » (M. Solal). Il est superbement accompagné, notamment par le jeune et prometteur Cédric Bec, déjà remarqué aux côtés de Christophe Leloil.

par Jacques Chesnel // Publié le 18 avril 2011
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Just On Six

Alain Blesing

Alain Blesing (g)

Recueil de 15 pièces courtes (elles n’excèdent guère trois minutes, et le tout dure un peu plus d’une demi-heure), Just On Six, enregistré au printemps 2010, est le premier album solo du guitariste Alain Blesing. Loin de toute démonstration de virtuosité ou d’accumulation de notes, la musique laisse une large place au silence. Frappes, grappes pincées, frottements bruitistes, Blesing joue de la guitare préparée et acoustique. Si l’improvisation tient un rôle majeur, c’est que l’ensemble est tendu par une écoute évidente du moment présent, vers un point de fuite sans cesse remis en jeu : mélodies interrompues, scansion, étincelles... Le solo existe tout entier dans ce chemin tracé en creux, dans la recherche infinie de ce qui, au moment du geste, fait sens.

par Raphaëlle T. // Publié le 11 avril 2011
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postbrbq

zVeep

Tiri Carreras (dr, objets), Vee Reduron (el. g), Dom Dubois Taine (el)

Crissements, bruissements, radiations, craquements, frottements, vibrations... Tiri Carreras, Vee Reduron et Dom Dubois Taine improvisent après un brbq (un barbecue) des formes sonores qui s’entrechoquent, s’attrapent, se glissent, se retournent et se mélangent, à l’image des titres des morceaux : « starstz », « kahk », « glinn » ou encore « oink ». De la musique libre très électronique et plutôt chantante.

par Raphaëlle T. // Publié le 11 avril 2011
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Django’s Dream

Claude Tissendier

Claude Tissendier (cl, arrgts), Romain Brizemur (g), Luc Desroy (g), André Bonin (b)

On se souvient de l’hommage que Claude Tissendier, clarinettiste (dé/voué au jazz classique) a consacré au tubiste, contrebassiste et chef d’orchestre John Kirby dont il honora l’esprit et la lettre avec Tribute to John Kirby (prix Sidney Bechet 1987 décerné par l’Académie du Jazz).

Cette fois, c’est à un grand maître de l’instrument, Hubert Rostaing (1918-1990), compagnon de Django Reinhardt pendant sept ans, en l’absence de Stéphane Grappelli dans le quintette du Hot Club de France, qu’il voue ces douze compositions du génial créateur de « Nuages » et autres chefs-d’œuvre.

Instrumentiste accompli et subtil arrangeur, Tissendier fait avec modestie et enthousiasme revivre cette musique indémodable, rappelant l’importance de la clarinette dans la musique de Django (il y eut également Maurice Meunier et André Ekyan) et donnant l’occasion à Romain Brizemur de montrer ses qualités mélodiques et harmoniques incontestables. On aura une oreille particulière pour la relecture de « Nuages » et pour « Django’s Dream », arrangement signé du guitariste sur la « Rêverie » de Claude Debussy.

Pas de nostalgie ici, rien qu’un attachement efficace ; la musique du passé, du présent, intemporelle.

par Jacques Chesnel // Publié le 11 avril 2011
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More News For Lulu

John Zorn, George Lewis, Bill Frisell

John Zorn (as), George Lewis (tb), Bill Frisell (g)

chez : Hat Hut

La suite des aventures du trio all stars : deux après l’excellent News For Lulu (1987), construit autour de reprises de Sonny Clark, Hank Mobley ou Kenny Dorham, John Zorn, Bill Frisell et George Lewis se retrouvent pour deux concerts en France et en Suisse, là encore pour des relectures de ces mêmes illustres anciens, outre Misha Mengelberg et John Patton. Ces captations de 1989 où le trio sonne plutôt comme une grande formation, font la part belle aux contrepoints et aux interprétations proches des originaux ; ça swingue, mais avec la modernité et le grain de folie qui caractérisent ces grands musiciens. Un disque pour le plaisir, signé par trois artistes qu’on n’attendait pas forcément dans ce contexte.

par Julien Gros-Burdet // Publié le 11 avril 2011
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L’œil tranquille

Renza Bô

Pierre Millet (tp), Antoine Simoni (b), Franck Enouf (dm), François Chesnel (p), Yann Letort (ts)

Pour son troisième disque, le quintet se montre plus énergique, mais propose encore une fois des compositions intelligentes, qui intriguent l’auditeur et ont toujours quelque chose à lui raconter. Plus varié que les précédents disques du groupe, plus personnel aussi, L’œil tranquille - qui commence en fanfare avec un superbe « E.E. » (le final !!), suivi de « Soum Bryss » - a gagné en maturité et ménage plus de place aux instrumentistes. Les embrasements de Yann Letort au saxophone, la maîtrise instrumentale de Pierre Millet, notamment, ouvrent de nouvelles perspectives au groupe. Cette évolution qui ouvre et l’enrichit l’écriture superbe de Millet en fait peut-être le meilleur disque de Renza Bô.

par Julien Gros-Burdet // Publié le 11 avril 2011
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Le Roi Obaz

Renza Bô

Pierre Millet (tp), Antoine Simoni (b), Franck Enouf (dm), François Chesnel (p), Yann Letort (ts)

La musique de Renza Bô, second album du groupe, est d’une grande classe, feutrée, tantôt intimiste, tantôt pleine d’entrain, organisée autour du talent du compositeur et trompettiste Pierre Millet. Un travail enthousiasmant sur la complémentarité des soufflants crée un univers poétique où le son d’ensemble et les compositions sont au cœur du propos, chaque musicien étant au service de la musique. On pense au sextet de Dave Douglas ou à Wayne Shorter, période Blue Note. Le Roi Obaz traverse de multiples univers, entre chanson, burlesque et swing. Un beau disque, plein de charme et bien construit.

par Julien Gros-Burdet // Publié le 11 avril 2011
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Collectif

Un bruissement dans les cimes annonce l’orage

Th. Lhiver (trb), Fr. Chesnel (p), Y. Letort (ts), Th. Renou (cb), Jean-Benoît Culot (dr), Y. Poirier (récitant)

Dans la collection « Petit Label blanc » du Petit Label, qui regroupe textes et musiques, Thierry Lhiver (trombone), François Chesnel (piano), Yann Letort (saxophone ténor sur deux pistes), Thibault Renou (contrebasse), Jean-Benoît Culot (batterie) et le récitant Yvon Poirier ont enregistré en 2009 Un bruissement dans les cimes annonce l’orage, hommage collectif à un saxophoniste ami, disparu à l’âge de 36 ans. Nicolas Guillemet avait lui-même publié un disque sur le Petit Label en 2008, La solitude du rêveur de chandelle, aux côtés de Marco Marini - une lecture électroacoustique de textes de Joël Vernet.

Les musiciens qui rendent hommage à Guillemet ont choisi une sélection d’écrits courts, à la manière des haïkus, et le récitant Yvon les dit avec une gravité sereine exempte d’effets lyriques ou théâtraux. Voici par exemple « Ombre et lumière » :

Ce sera dans l’ombre
qu’il me faudra travailler
à la vraie lumière.

Il s’agit simplement, presque humblement, de se retrouver pour dire la mort, et non pour la pleurer. On improvise derrière la parole et on compose à tour de rôle les instrumentaux. Une sorte de douceur imprègne la musique, un apaisement plane même sur les moments les plus bruitistes ou les plus enjoués. Car il y en a, de la joie ! Celle d’être en vie : une joie triste, mais une joie.

par Raphaëlle T. // Publié le 11 avril 2011
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