Scènes

L’Ensemble Art Sonic à l’Atelier du Plateau

Samedi 1er décembre l’Ensemble Art Sonic fêtait sa naissance à l’Atelier du Plateau.


Samedi 1er décembre l’Ensemble Art Sonic fêtait sa naissance à l’Atelier du Plateau.

Deux autres beaux bébés, portés par leur maman ou leur papa et déjà initiés aux concerts en public, babillaient dans cette sympathique salle très prisée par les musiciens et autres saltimbanques. Si au début des années 80 nous étions très seuls avec Un Drame Musical Instantané à défendre l’héritage musical français, ou, plus largement, européen, les musiciens assimilés au jazz assument de plus en plus souvent, et de mieux en mieux, sa tendresse mélodique et sa richesse harmonique qui s’opposent à la puissance de feu américaine.

Le flûtiste Jocelyn Mienniel et le clarinettiste Sylvain Rifflet ont réuni avec Art Sonic un quintette à vent sans sax, mais plein de raffinement sensuel. Dans les orchestres actuels il est rare d’entendre le son moelleux du cor comme en joue admirablement Baptiste Germser ou la magie envoûtante du hautbois et du cor anglais dont nous a régalés Cédric Chatelain. Le cinquième membre est la seule fille du quintette, mais c’est déjà ça. Comme tous les autres bois, le basson de Sophie Bernado, qui arborait un magnifique collant aux motifs années 30, seule fantaisie vestimentaire au milieu des hommes en noir, est encore un instrument trop peu utilisé. Ses sons graves incisifs produisaient des alliages merveilleux de basse timbrée avec le cor d’harmonie, sur les compositions de Joce qui a écrit la majorité du répertoire de l’orchestre, ou dans les pièces de Sylvain, Edward Perraud, Antonin-Tri Hoang et Fred Pallem. Les improvisations se fondaient à pas feutrés dans les compositions. Les fantômes étaient de sortie.

Art Sonic Photo H. Collon

Dès le début du concert j’ai pensé à l’opéra inachevé La chute de la Maison Usher de Claude Debussy. Le compositeur français rompit lui-même avec les cuivres wagnériens. On me rappellera qu’Adolphe Sax était belge, qu’Hector Berlioz fut le premier à intégrer cette famille d’instruments dans son orchestration, que Debussy écrivit une magnifique rhapsodie pour sax alto, il n’empêche que l’énergie que dégagent les saxophones sut séduire les jazzmen au point d’évacuer tous les bois, à de rares exceptions près. Idem avec les trompettes et trombones dont l’éclat fit oublier les cors, qui se mélangent si bien aux cordes et aux bois. La musique de l’Ensemble Art Sonic a donc d’exquis relents debussystes mâtinés de moments répétitifs faisant un peu penser à Steve Reich. Rien de surprenant : le compositeur américain est aussi féru de musique indienne que « Monsieur Croche ». Après ce très beau concert, on me parla d’une interprétation récente de Francis Poulenc par Jean-Marc Foltz et Stéphan Oliva (cf Vision fugitive). Excellente nouvelle si les musiciens français et européens assument enfin leur propre culture pour la marier avec leurs amours d’outre-atlantique. L’industrie musicale ayant appauvri les ressources minières de la planète en les colonisant pour en faire une sorte de fast-food universel, il est logique que nous nous tournions vers nos terroirs pour retrouver nos racines. La musique du quintette Art Sonic fait remonter les nôtres pour leur donner une nouvelle vie au son des voyages qui forment notre jeunesse. Comme disait André Ricros : « Pour être de partout, il faut être de quelque part. »

J’ai fini la soirée aux Petits Joueurs en embarquant Antonin-Tri Hoang et Elsa Birgé dans la bagnole. C’est pourtant à deux pas, mais ça caille sec à cette heure de la nuit. Les feuilles mortes (Prévert-Kosma) en décomposition rendent la chaussée visqueuse et propre aux vols planés. Le P’tit Bal de Poche faisait déjà danser les convives. Et ça tangue, et ça valse sur le son musette du trio composé de Lucien Alfonso au violon, Jérôme Soulas à l’accordéon et Pierre-Yves Lejeune à la contrebasse. L’ambiance chaleureuse du lieu correspond bien à cette musique festive. Et comme on guinche, Antonin rejoint l’orchestre avec son sax alto des années 30, puis Elsa Birgé qui reprend « Un jour tu verras », « Mon homme », « La complainte de la Butte », « Domino » pour le bonheur des grandes tablées où l’on picole et se restaure. Je suis rentré taper en 3/4 sur mon tambour à lettres, un deux trois, un deux trois, un deux trois…

Le P’tit Bal de Poche et ses invités

par Jean-Jacques Birgé // Publié le 3 décembre 2012
P.-S. :

Le site de l’Atelier du Plateau

Texte également paru sur le blog de J.-J. Birgé