Chronique

The Westerlies

Wish The Children Would Come On Home

Riley Mulherkar (tp), Zubin Hensler (tp), Willem De Koch (tb), Andy Clausen (tb)

Label / Distribution : Songlines

Deux trombones, deux trompettes, ni plus ni moins. L’orientation chambriste ne saurait être plus claire. The Westerlies, aujourd’hui installés à New York, se sont connus à Seattle ; ils y ont rencontré le claviériste Wayne Horvitz, qui venait de faire le trajet inverse. Le célèbre membre de Naked City, par ailleurs producteur reconnu (notamment du Nashville de Bill Frisell), est aussi un compositeur fécond. Et de cette rencontre entre le pédagogue et ses jeunes élèves est née l’idée d’adapter pour quatre cuivres sa musique où, pourtant, il est plus souvent question de claviers et de cordes que d’embouchures.

Dès « Please Keep That Train Away From My Door », on peut juger de l’impressionnant travail d’arrangements et d’harmonie qu’il a fallu accomplir pour apprivoiser cette pâte orchestrale à la croisée de plusieurs influences, du classique au jazz en passant par la musique de film. Les morceaux sont courts, tournés vers un propos collectif, sans tentation soliste. Sur le complexe « 9/8 », les voix se succèdent, se multiplient et s’entrecroisent sans se distinguer ; les trombones construisent, à force de petits glissandos, une rythmique increvable mais de plus en plus languide sur laquelle les trompettes tournoient avec grâce. Cependant, les allures fanfaronnes de « Barber Shop » et le growl des trombones montre que rien n’est verrouillé : The Westerlies savent laisser place à l’improvisation. Mais on ne saura pas qui, d’Andy Clausen ou de Willem de Koch, crie dans son embouchure. Le quartet doit sa légèreté à la nature de son alliage.

« Waltz From Woman Of Tokyo », [1], mousseline contemplative pleine de poésie, est un des morceaux les plus intéressants de l’album. Il faudra que Wayne Horvitz ajoute ses claviers çà et là pour que la noirceur gagne une atmosphère faussement sereine. Les trois « Interlude » forment ainsi des recoins sombres sur une surface brillante. Mais c’est surtout sur « Wish The Children Would Come On Home » et ses effets électroniques zébrant un jeu de timbres qui se voulait trop parfait que l’alchimie se fait troublante. La sensation que les cuivres se dissolvent dans l’acide, magnifiquement rendue par la production impeccable d’Horvitz pour le label Songlines, donne du relief à un disque accrocheur. Pour les oreilles curieuses.

par Franpi Barriaux // Publié le 10 novembre 2014

[1Enregistré en 2009 par Horvitz au sein du Gravitas Quartet avec un instrumentarium atypique (violoncelle, basson, piano, trompette).