Bernard Vitet couve des « Allumés »

Bernard Vitet couve des Allumés… Qu’espérer de mieux, après la disparition d’un grand artiste, sinon qu’il inspire les vivants ?

Sur la couverture du Journal des Allumés du Jazz, l’illustrateur Thierry Alba a croqué Bernard Vitet un chat sur l’épaule tandis qu’un orchestre de matous l’accompagne avec mélodica à pavillon, shalmaï (bouquet de trompes) et bugle en valise. Rien d’autre le concernant à l’intérieur que la recommandation de notre CD Carton, parmi d’autres alléchants albums se rapportant aux articles de ce n°32…


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Photo Cécile Salle

Le trompettiste influença des générations de musiciens, il inventa quantité d’instruments originaux ou de manières de dévoyer les usages, fabriqua un système d’étoiles modales à transpositions limitées, réfléchit l’univers en contemplant une simple boîte d’allumettes (sic) et composa des mélodies merveilleuses qu’il harmonisait à l’ancienne devant son piano avec papier, gomme et crayon. Dans les années 1990 il m’arrivait de rentrer les notes sous sa dictée pour ensuite les orchestrer avec des machines toujours plus performantes. Elles le fascinaient tant que je me battais aussi pour engager de véritables instrumentistes, dont il se méfiait. S’il adorait les chats, il ne toucha jamais une souris. Trente-sept ans de compagnonnage quasi quotidien, c’est plus de temps que je n’ai passé avec personne. Les trois dernières années furent douloureuses. Pas un jour sans penser à lui.

La phrase écrite en une n’est pas son meilleur aphorisme (ils auraient pu m’appeler, je les collectionne). Heureusement, en tournant les 28 grandes pages mises ensemble par Valérie Crinière, vous découvrirez les Roms et la vocation de Patrick Williams, les évocations du guitariste auteur-compositeur Marcel Kanche, le Cours du Temps de la contrebassiste Hélène Labarrière, les pensées du guitariste Olivier Benoit, la rencontre de Bruno Tocanne avec Yves Dorison et des collégiens de Lyon, les poèmes de Billy Collins et Yusef Komunyakaa, les colères de Pablo Cueco sur la Fnac et celles de Dexter Sacco (reconnaissable sous son pseudo libertaire) sur la détérioration de l’écoute, les considérations du disquaire de Poitiers Les Mondes du Disque, les comparaisons de Jean-Louis Wiart entre la peintre Fabienne Verdier et la maladie de Keith Jarrett, la nouvelle kafkaïenne d’Étienne Brunet, les photos de Guy Le Querrec, Sergine Laloux, François Corneloup, Jeff Humbert, Olivier Longuet et Cécile Salle (ci-dessus), les illustrations de Stéphane Cattaneo, Efix, Faujour, Nathalie Ferlut, Sylvie Fontaine, James, Julien Mariolle, Boris Mirroir, Ouin, Pic, Jeanne Puchol, Gabriel Rebufello, Rocco, Andy Singer et Zou… J’en oublie forcément.

Pour la musique on pourra choisir entre l’une des quatre webradios du site, et si cela ne vous suffisait pas, Brunet a mis tous ses disques en écoute gratuite sur son site comme celui du Drame offre 50 albums inédits, une radio aléatoire de 104 heures, 720 pièces sur 45 ans d’archives et 11 nouveaux albums mis en ligne cette année !

Et la presse spécialisée continue d’ignorer le travail des artistes qui ont choisi la Toile pour s’exprimer librement et partageant leurs œuvres avec le plus grand nombre…