Lena Bloch
Marina
Lena Bloch (ts, ss), Kyoko Kitamura (voc), Jacob Sacks (p), Ken Filiano (b), Michael Sarin (d)
Label / Distribution : Fresh Sound New Talent
Il y a plusieurs choses parfaitement étonnantes qui sautent immédiatement à l’oreille dans ce disque de la musicienne d’origine russe Lena Bloch. D’abord, que cette lecture de la poétesse Marina Tsvetaeva semble tenir particulièrement à cœur à la saxophoniste : elle a traduit les textes en anglais, comme pour les projeter dans une autre dimension, celle d’un monde anglo-saxon qui est le sien désormais. Une dimension qui intègre un jazz de facture classique au premier abord et cependant très contemporain, où le son assez tonique de son ténor s’offre avec elle une base rythmique de luxe. On y intégrera le piano de Jacob Sacks, pur produit new-yorkais aperçu avec Dan Weiss, qui dans « Insomnia » produit un travail très luxueux avec le batteur Michael Sarin, remarquable rythmicien de Max Johnson ou Joe Fiedler.
Dans ce quintet, on appréciera aussi la présence de la contrebasse si musicale de Ken Filiano, qui offre ici une atmosphère souvent langoureuse et très douce, notamment quand il s’agit de suivre les goûts de ballades de Lena Bloch. Avec « Tired », il mène avec Sarin et Sacks une ligne très classique, qui s’inscrit dans un jazz new-yorkais où l’on est surpris de retrouver la chanteuse Kyoko Kitamura ; et pourtant ! Avec « The Time Will Come », pourtant plus abstrait, le son très scorieux de Bloch et l’archet de Filiano permettent de goûter au travail polymorphe de la chanteuse qui chante le jazz avec beaucoup d’allure sans rien perdre d’un goût pour les émotions du son et du travail de l’électronique, même lorsqu’elle déclame en russe.
Pour le reste, la chanteuse est la grande révélation de ce disque, où même le saxophone de Bloch est entièrement tourné vers ses mots et ses interprétations souvent subtilement théâtrales. On la connaît surtout pour son travail avec Braxton, ainsi que son travail en quartet avec Taylor Ho Bynum et Joe Morris. Ici, en chanteuse de jazz plus traditionnelle, à côté d’une saxophoniste parfois taciturne qui n’aime rien tant que de faire jouer les autres (« Such Tenderness »), elle est le vecteur d’une gamme d’émotions qui doit aussi beaucoup aux mots de Tsvetaeva.
