Scènes

A Friendly Moment

Christine Flowers Quartet aux 7 Lézards le 1er décembre 2005


Comme de nombreux artistes de jazz, Christine Flowers annonce activement ses dates de concert. Méconnue dans le monde du jazz, elle méritait que Citizen Jazz lui rende visite, pour découvrir le personnage et son talent.
L’occasion s’est présentée aux 7 Lézards en ce debut de mois de décembre. Mais qui est Christine Flowers ?

Une jolie chanteuse américaine d’une quarantaine d’années, née en Caroline du Nord et qui a vécu à Atlanta. Elle chante en tant que professionnelle depuis l’âge de seize ans et c’est depuis cette époque qu’elle rend hommage, en chantant, à ses nombreuses inspirations (Carmen McRae, Shirley Horn, Sarah Vaughan, Johnny Hartman, Andy Bey, Aretha Franklin, Marvin Gaye…). Première partie de Dee Dee Bridgewater ou John Mc Laughlin ou Calvin Russel ou Irakere, Christine est aussi une habituée des clubs de jazz.


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Christine Flowers © Rodolphe REYNAUD

Son quartet habituel se compose de Peter Giron à la contrebasse, John Betsch à la batterie et de Jobic Le Masson au piano. Il joue donc - ce 1er décembre aux 7 Lézards dans le 4ème arrondissement de Paris - un jazz classique mais carré où l’on entend tout de suite que ces musiciens travaillent ensemble depuis un bon moment et sont complices… musicalement et sans doute humainement.

En effet, l’ambiance joyeuse est de rigueur : Christine Flowers, de sa voix gracieuse, plaisante et rit avec le public et ses musiciens. Une grande joie de jouer ensemble se devine au sein du groupe, qu’on sent dévoué à sa chanteuse - d’ailleurs, celle-ci le leur rend bien en leur laissant de belles plages d’expression.

John Betsch est droit derrière sa batterie ; seuls ses bras bougent, frottant ses peaux à coups de baguettes. Tel un bouddha ou un sphinx réincarné, il surveille, parfois avec un sourire en coin, sa batterie comme s’il veillait sur le royaume du tempo. Il donne l’impression d’être un scrutateur, concentré sur une scène de vie entre ses toms ; l’air sévère, l’oeil rivé sur sa batterie, il accorde un temps de parole à chacun comme lors d’une médiation houleuse. Ou alors, souriant, l’oeil rieur et les balais en mains, il prodigue des caresses aux différents éléments de sa batterie. John Bestch est juste, rigoureux, et fait le nécessaire pour incarner une force rythmique rassurante.

Je découvre Jobic Le Masson au piano ; parfois chargés d’émotion, ses accompagnements sont pour la plupart agréables à écouter et permettent à la chanteuse de réaliser sereinement ses improvisations. On sent parfois un détachement du pianiste par rapport aux autres membres du groupe, voire une tentative pour les entraîner dans une direction qu’il aurait choisie mais qui ne prend pas.

Peter Giron, contrebassiste, est peut-être le plus « dans le travail » : juste et précis, il assure son job avec rigueur et nous propose quelques chorus vocalisés.

Après quelques morceaux d’Abbey Lincoln et d’Oscar Brown Jr, entres autres, pleins de charme et de joie, on est transporté dans une espèce de douceur veloutée à travers de jolies ballades et quelques blues courts. Le groupe ne s’étend pas dans un lyrisme ou des improvisations encombrants. Au contraire, c’est frais et direct, sans tourner autour du pot. On laisse plutôt l’espace à l’émotion, à la sensation… Cela ressemble de près à la personnalité de Christine Flowers. Les improvisations vocales sont efficaces et courtes : on y retrouve encore de l’émotion, beaucoup de douceur sur les ballades et un peu de ce côté félin que l’on découvre chez Christine quand elle chante le blues. Car Flowers vit sa musique entièrement : elle est investie par les paroles, son corps l’accompagne dans ses émotions et dans l’histoire que raconte la chanson : elle chante en prenant la voix d’un personnage ; elle clame, gémit, rit, soupire… tout en mimant son son personnage. Un nouveau concept artistique ?

Certes, elle a un côté glamour à l’américaine qui peut agacer ou plaire, c’est selon ; d’ailleurs, elle joue avec son public, sans excès, un peu comme un chat qui essaie de faire connaissance avec un nouvel entourage : séduction et méfiance sont au rendez-vous. On pourrait néanmoins faire remarquer que le son était de qualité moyenne, avec une impression de voix en retrait, voire couverte par les instruments… Apparemment cela n’a pas gêné le quartet, et c’est tant mieux pour le public.

Avec un premier set tout en anglais, puis un second en français, nous avons passé un « true friendly moment », et, pour beaucoup d’entre nous, découvert des chansons ainsi un quartet vocal vraiment sympathique.

C’est vrai, il fait froid pendant ces longs mois d’hiver ; mais sortez donc en club ! On s’y réchauffe… et on a parfois de bien agréables surprises.