Chronique

Bojan Z & Julien Lourau

Duo

Bojan Zulfikarpasic (p, Fender) Julien Lourau (ts, ss).

Label / Distribution : 2birds1stone

Avant toute chose, il faut parler de ce projet. Il s’agit d’un disque enregistré à l’occasion d’une série de concerts au Triton grâce à une campagne de financement participatif.

Pas pour une question de mode, mais pour des raisons véritablement artistiques. C’est-à-dire qu’en 2014, deux musiciens aussi connus, reconnus et actifs que Julien Lourau et Bojan Z n’ont pas trouvé de label et/ou de producteur satisfaisant pour mener à bien leur projet d’enregistrer ce duo qu’ils pratiquent, renouvellent et mûrissent depuis plus de vingt ans. C’est donc pour avoir l’entière liberté de création, le contrôle du processus d’enregistrement et bénéficier des fruits de leur création qu’ils ont opté pour ce type de financement. Il fallait donc répondre présent le moment venu. C’est ce qui me permet aujourd’hui de profiter de cette musique, si familière et pourtant toujours surprenante.

Je me souviens de l’enregistrement en mai 2014 dans la petite salle du Triton, pleine comme un œuf. Au piano et au Fender, Bojan était à son aise. Les mains dans les entrailles du Fazioli ou claquant les lamelles du Fender, il sait enrober son discours de sonorités harmoniques, donner du corps à sa musique. Comme le soleil le fait pour un vin. Virevoltant, pince-sans-rire, Julien Lourau déroule son contre-chant avec plénitude. Il parle la même langue, il est du même bois. Une complicité évidente les lie, inutile de revenir sur ce point. Plus de vingt-cinq ans, depuis Trash Corporation jusqu’à cet échange à deux voix, sorte de quintessence, petit guide touristique de la Bojanie.

Bienvenue en Bojanie !
On retrouve des morceaux écrits par Bojan Z, de véritables standards. Ici, tout respire les multiples parfums d’un métissage insolent et libertaire. Ici, la mélancolie a l’accent méditerranéen. On y aime les sons baroques, chargés, triturés. Il suffit de sentir le swing qui sous-tend chaque morceau. Il suffit d’écouter les couleurs si bleues de « Fuzzlija ». Et l’introduction de « Roumgrois » nous transporte dans un bouge néo-orléanais, où quelques édentés jouent du couteau sur un air de piano mécanique…

Ces deux là jouent tout ça en même temps et même plus, et ce disque est une perle dans ma discothèque.