Citizen
Édition du 19 mars 2010 // Citizenjazz.com / ISSN 2102-5487
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Trio Progression (art of the trio, vol 5)

Brad Mehldau

Brad Mehldau (p), Larry Grenadier (b), Jorge Rossy (d).

Mais qui est Lawrence Azerrad ? Qui a laissé passer une telle horreur ? Normalement, lorsqu’on fabrique un disque, il arrive un moment où la maquette de la pochette est réalisée et soumise à approbation (du producteur et de l’artiste). Elle est définitivement validée une fois la mention «  bon à tirer » inscrite. Celle du double album de Mehldau doit avoir été faite en secret… ou alors un imposteur a volontairement mélangé les films ou alors on se fout du monde. Imaginez des ronds de couleurs criardes et faussement dégradées. Souvenez-vous des papiers peints qui ornaient les murs du couloir de votre appartement en 1974… Rappelez-vous vos premiers pas sous Photoshop, lorsque vous avez découvert la fonction « flou gaussien » et que vous en avez abusé. Voilà à quoi ressemble le disque de Mehldau : un pan rougeâtre, un pan violacé et un pan verdâtre. Tout cela est signé (car tout de même, c’est signé !) Lawrence Azerrad. Et je me demande vraiment pourquoi on l’a laissé faire. D’où ma question de départ.
A l’intérieur, on retrouve la prose Mehldauenne, ampoulée, torturée et romantique, qui disserte sur le langage et la musique. La musique est-elle ou a-t-elle un langage spécifique ? Trois pages pleines à craquer. Il faut en vouloir.
Et la musique me direz-vous ? Comme son nom l’indique, Art of the trio volume 5 n’est que la suite des précédents volumes. Ce n’est certes pas la même chose. Le « génial pianiste » fait montre de son talent à chaque note, ses compagnons de route sont tout à l’écoute et leurs interventions participent à l’élaboration d’une atmosphère magique, etc.
En principe, un bon disque permet à un musicien de se faire connaître et de proposer ensuite, lors de concerts, un prolongement du travail effectué. En principe, un bon musicien avance, évolue et finit par jouer une musique différente, nouvelle. Et un jour, il enregistre un nouvel album qui marque cette nouvelle étape. En principe, on doit pouvoir distinguer ces albums entre eux. Ce n’est pas le cas avec Brad Mehldau. Au bout du cinquième et double volume, le trio ne requiert plus d’art. C’est une routine.
Pourtant, Mehldau est un bon sideman (avec Joshua Redman) et un bon compositeur. Mais je ne comprends pas ce besoin de produire des disques identiques à la chaîne. J’aurais préféré avoir attendu plus longtemps un nouvel album original et étonnant. Tant pis pour moi, non ?

par Matthieu Jouan // Publié le 16 décembre 2001
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