Né en 1999, le quartet du saxophoniste allemand, Daniel Erdmann 3000, revient pour un troisième album chez Enja dans la lignée des deux précédents, pour une musique toujours plus sensuelle, créative et libre. S’imposant actuellement comme l’un des solistes les plus inventifs sur les scènes européennes (le quartet a donné près d’une centaine de concerts en Allemagne, en France, en Autriche, en Hollande, au Portugal…), Erdmann est un véritable concentré d’énergie, accessible à un large public aux confluences du free jazz, du funk et des musiques improvisées. Non loin des artifices d’écriture en tous genres développés par son confrère Frank Möbus Der Rote Bereich, il réinvente un langage musical riche dont l’écriture contemporaine est pleine de nuances, de légèreté mais aussi de retenue, incitant à une écoute toujours plus attentive. Les quatre musiciens s’adjoignent pour l’occasion l’inimitable Yves Robert sur deux titres où le phrasé du trombone rappelle son très bel In Touch (ECM). Un album plein de surprises et de tournures inattendues, une musique excessivement inventive, raffinée et détendue.
Beaucoup de parlé-chanté, abus d’intonations miaulantes, phrasé désinvolte,
interprétation moqueuse, tout est sur le ton de la chipie. On cherche en
vain une profondeur, celle de la voix ou de l’émotion. la seule approche
intéressante est celle du titre d’Hendrix, les autres reprises (de justesse) [[Pink Floyd (« Money ») et « Aquellos Ojos Beredes » (Ibrahim Ferrer) sont décousues et appauvries.
N’y a t-il donc rien à sauver ? Deux originaux peut être, dont « Dardanella » (n°12 sur 13), qui garde une certaine fraîcheur et un intérêt mélodique. Mais ça ne dure pas, Minaude Agaçante retourne vite à ce ton maniéré horripilant, et... invite un rappeur sur le dernier morceau. Racolage...
Pourquoi continuer à bluffer dans les bacs jazz ? Cette jeune dame serait
plus à sa place dans la variété-pop (on n’a rien contre !)
Le batteur Jean-Marie Lagache revient avec un deuxième album en leader. Ici, deux instruments prédominent : l’harmonica d’Olivier Ker Ourio et la flûte à bec de Benoît Sauvé.
Sur des arrangements simples et efficaces, des mélodies suaves et bien trouvées, il réalise un album jazz world de première qualité. Ici la mélodie prédomine, l’émotion est à fleur de peau, les musiciens cherchent et trouvent la beauté.
Comme le titre l’indique, Mighty Mo Rodgers puise ici son inspiration dans le grand sud campagnard : banjo et accordéon se mêlent aux traditionnelles voix et « slide guitar ». Les amateurs de country-blues seront servis : voix rocailleuse, textes entre désespoir et humour, 4/4 roi et rythmique puissante...
Avec le double CD Belleville, le contrebassiste français Gilles Naturel rend hommage à la fois à un quartier de Paris qui est le sien, au be bop/hard bop, et au saxophoniste américain résidant en France Lenny Popkin.
Le premier disque est enregistré le saxophoniste Rick Margitza, qui fascine par la densité de son jeu, et le second avec Lenny Popkin, dont l’intelligence mélodique et la pureté du son envoûtent tout autant.
Pour cet album tout à fait personnel, Naturel a fait appel à son compagnon de route Philippe Soirat, batteur au swing imparable, et au pianiste Alain Jean-Marie, incontournable musicien de bop.
Dans le style, Belleville fait partie des meilleurs disques de l’année 2007. Remarquable.
Suite mordorée est le troisième disque du batteur helvéto-canadien Jérôme Berney, entouré cette fois d’Emilien Tolck au piano et Fabien Sevilla à la contrebasse. Amateur de cette formule, on peut écouter aussi le trio qu’il forme avec Malcolm Braff (p) et Patrice Moret (cb).
Il est rare de voir un batteur leader d’un trio, mais ici Berney est l’auteur de toutes les compositions. Sa marque de fabrique : les mélodies suaves et nuancées qui s’articulent autour de riffs bluesy mis en avant par Sevilla sur des rythmiques plutôt calmes.
« Rêveuse » et « Intériorisée » sont sans doute les adjectifs qui qualifient le plus fidèlement la musique de Jérôme Berney.
Cinq ans après le très beau If, Myriam Alter livre un nouvel enregistrement dans une formation un tant soit peu renouvelée. C’est toujours la rythmique version soyeuse de Masada (Cohen/Baron) qui propulse le groupe, mais le violoncelle de Jacques Morelenbaum a remplacé le bandonéon de Dino Saluzzi, ce qui apporte une coloration plus « musique de chambre ». On retrouve avec plaisir les volutes du clarinettiste John Ruocco. Salvatore Bonafede a remplacé Kenny Werner au piano puisque, chose rare, Alter, pourtant pianiste, préfère ici laisser la place aux interprètes qu’elle a choisis.
Les amoureux des arêtes vives et des angles saillants ne trouveront pas leur compte sur Where Is There, où tout n’est que luxe, calme et volupté ! Les compositions, d’inspiration judéo-espagnole, toutes de la plume élégante de Myriam Alter, invitent tour à tour à la danse, à la rêverie ou à l’humeur vagabonde.
D’aucuns jugeront cette musique insuffisamment aventureuse. Mais en fin de compte, qui d’autre aujourd’hui (à part peut être le « Bar Kokhba » de John Zorn), propose avec une telle grâce, une telle sincérité, ce genre de musique poignante et qui va droit au coeur ?
Belle initiative que cette nouvelle collection, “Swiss Radio Days - Jazz Series" : elle se propose de publier toute une série d’enregistrements live qui sommeillaient dans les archives de la SSR (Société Suisse de Radiodiffusion). A noter les volumes 2 et 6 : les cultissimes Jazz Messengers d’Art Blakey donnent à Lausanne, le 8 décembre 1960, deux sets puissants, tendus, portés par un Wayne Shorter des grands soirs et un Lee Morgan déjà proche des sommets qu’il atteindra cinq ans plus tard avec The Sidewinder. Au menu des réjouissances : du standard (Bird, Dizzy et Monk) joué par la Rolls des quintets, mais aussi d’imparables compositions signées du pianiste Bobby Timmons. Un plaisir sans cesse renouvelé d’écouter en chair et en notes cette formation des Jazz Messengers dont il n’existe que très peu d’enregistrements.
Univers minimaliste pour ce duo, qui reste souvent dans les sphères aiguës de
la voix ou de l’instrument, le tout dépouillé et sans effets. La musique est plus
écrite qu’improvisée, avec de jolis textes sur un élégant livret de Matthieu
Donarier « soi-même », les mots n’étant chantés que sur une seule plage. Tout flotte dans une bulle voyageuse. Unicolore.
S’il est des interprètes et des arrangements qui font revivre avec bonheur
les chansons oubliées, ce n’est pas sur ce disque qu’on va les trouver. L’identité des thèmes est diluée par une voix sans nuances ni ampleur et une orchestration très classique. Quel dommage de mettre ce big band au service de la variété arrangée pour séminaires... Insipide et inutile. Ou alors pour boums de fin d’année à HEC...
Avec The Zoo Is Far ; le pianiste Christian Wallumrød navigue au-delà des strictes eaux du jazz pour s’aventurer (non sans succès) vers la musique instrumentale tendance bande originale de film. Tel un paysagiste, le Norvégien dessine une musique aux contours séduisants, tantôt traditionnelle, tantôt atmosphérique, mais le plus souvent solennelle, à l’image des deux intenses versions de « Psalm Kvaen ». À noter la présence du trompettiste Arve Henriksen, discrète mais essentielle pièce de ce puzzle sonore comme le label ECM sait nous en servir avec délicatesse.
On est agréablement surpris par un timbre de mezzo qui rappelle celui de
Nancy King, on l’est moins par le maniérisme de l’interprétation. Une
aisance vocale certaine, mais ternie par des graves forcés et un vibrato très
présent. En renonçant à l’imitation, et en privilégiant le fond par rapport à la forme, Clotilde Rullaud exprimerait mieux ce qu’on pressent de sa sensibilité nuancée et de son talent.
Quant au guitariste, Hugo Lippi, a-t-il voulu créer un contraste par sa sobriété ? Avec un duo guitare/voix, dans ce genre de répertoire qui mêle jazz et pop, n’est pas TUCK and PATTI qui veut... Et s’il on ne veut pas il faut trouver d’autres chemins.