Scènes

Hommage à Petrucciani au Sunside

Franck Avitabile (p), Diego Imbert (b) et Aldo Romano (dm) pour un concert mémorable…


Michel Petrucciani nous a quittés le 5 janvier 1999, laissant derrière lui autant de disques majeurs (« Pianism », « Solo Live », « Flamingo »…) que de souvenirs de concerts éblouissants. Le 16 janvier dernier, les clubs de la rue des Lombards lui rendaient hommage…

Le Sunside a programmé deux artistes qui ont été proches de Petrucciani : Aldo Romano, le musicien qui « l’a fait monter » à Paris, et Franck Avitabile, le « protégé » du pianiste.


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Michel Petrucciani Solo Piano, CC La Louvière, Belgique, 15.10.1994 © Jos L. Knaepen / Vues sur Scènes

Romano arrive le premier, sa casquette à petite étoile rouge sur la tête, suivi de près par un jeune homme plein d’énergie qui fonce vers le piano : Avitabile. Diego Imbert, le bassiste, s’installe tranquillement à son poste ; il assurera d’ailleurs toute la soirée le rôle du terrien entre deux extraterrestres.

Le concert s’ouvre sur une apparition émouvante des deux fils de Petrucciani, venus lancer la soirée et remercier les artistes. Ensuite, démarrage tambour battant sur « Training », thème d’échauffement qu’affectionnait Petrucciani. Romano, en grande forme, porte beau sa soixante-sixième année - qu’il fête ce soir. Dans l’atmosphère et l’acoustique exiguës du Sunside, on assiste d’abord à un concert pour batterie et piano. Romano domine la situation. Il surfe avec un brin de surchauffe, mais jamais en force. On admire le métier, la finesse et la liberté du propos. Quand la batterie se fait aérienne (« Brasilian Like » et « Little Piece In C ») le piano reprend intelligemment les idées rythmiques. Puis, peu à peu, l’équilibre est rétabli : Avitabile impose une autorité naturelle, un piano libre, un jeu ferme et résolu, une écoute aussi belle à entendre qu’à voir. Très concentré sur son jeu, mais en vrai leader veillant à la bonne marche de tout, Avitabile regarde constamment Romano pour l’accompagner. Les deux musiciens jouent côte à côte.


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Franck Avitabile © Patrick Audoux / Vues sur scènes

Quand les deux partenaires s’envolent, on est heureux de pouvoir compter sur Imbert et sa basse très sûre, jamais prise au dépourvu. Le gars sympa, le musicien sur qui on peut toujours compter, et qui nous gratifie au passage de quelques élégants solos bien sentis.

Le premier set s’achève sur « Impossible » (Oscar Peterson). Romano suit avec un plaisir évident le piano qui s’amuse, et qui décide maintenant des changements de tempo. Ceux-ci magnifient le grand art du batteur, qui en profite pour s’évader avec panache.


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Aldo Romano © Patrick Audoux / Vues sur scènes

La suite est du même acabit. La complicité, étonnante pour un trio réuni pour la première fois, est de plus en plus évidente. Le deuxième set démarre calmement sur un thème de Chaplin, puis « Beautiful Love » nous offre un feeling incroyable entre le piano et une batterie caressante et provocante à la fois. On entend là du très beau piano, qui sait devenir mélodique sans jamais être mièvre. On regarde un grand pianiste, totalement maître de son jeu, avec une main gauche souveraine qui croise la main droite « dans l’escalier », lui adresse un sourire, mais garde ses distances.


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Diego Imbert © Patrick Audoux / Vues sur scènes

Le troisième set est marqué par de longs chorus de basses et « Childhood Memory », une composition d’Avitabile, qui nous permet d’admirer une dernière fois la synchronisation toute en finesse de ce trio enthousiasmant. Romano se lance enfin dans un solo de batterie espiègle, pour attaquer un « Caravan » jouissif. Une belle caravane romaine - car c’est bien lui qui s’amuse et entraîne tout le groupe pour finir cette magnifique soirée en beauté.

(Avec Al O’Reil)