![]() Publié le 3 septembre 2007
Assier : 22 ans et toutes ses dents
Dans le Lot, on a le train... et on a des idées
"Oui, il y a une gare à Assier !" Six ans d’une lutte citoyenne pour de vrai, pas pour de rire : la gare occupée, rebaptisée "Ministère pour le Développement des Services Publics", des manifestations ferroviaires, un TGV arrêté, 6 jours de grève de la faim et une mobilisation de tous les gens du canton qui a coupé l’herbe sous le pied à la SNCF en faisant grimper de 30 % le chiffre d’affaires de la petite gare menacée de fermeture. La SNCF s’est inclinée. C’est vous dire si l’Assiérois est tenace. (Pour en savoir plus).
Oui, il y a un festival à Assier ! Après dix éditions (1986-1995) sous l’aile du fondateur Jean-François Prigent, son départ avait été une rude claque. L’équipe Warot-Sigaud-Pado(vani) avait repris la barre en 1998 et puis voilà qu’à nouveau, en 2005, vlan. Mais vous l’avez compris : à Assier, 535 habitants, on n’est pas du genre à laisser mourir les choses auxquelles on tient. Même si c’est compliqué, même si les autres n’y croient pas. ("Celui qui se bat peut perdre, celui qui renonce à se battre a déjà perdu".) Par conséquent... il y a toujours un festival à Assier. Et pour longtemps, probablement. S’il n’était que le village gaulois des festivals de jazz, Assier dans tous ses états serait un petit événement sympathique. Mais c’est bien plus que cela. Festival qui cherche et qui prend des risques (maintenir le niveau d’exigence musicale tout en ne se coupant pas de la population), Assier s’attache à trouver un ancrage dans la vie locale, et ce n’est pas une pose pour faire plaisir aux élus. En effet, les trois jours de festival sont la partie émergée d’un iceberg chaleureux qui conjugue action culturelle au long cours (des résidences d’artistes et une série de spectacles hors saison), partenariat associatif et engagement citoyen. Les musiciens sont logés chez l’habitant, le chef de gare s’occupe (fort bien) des grillades et du cassoulet, tout le monde casse la croûte aux mêmes tables. Assier est un endroit où l’on revient, et un endroit où l’on vit. La preuve : il y a des enfants partout. L’édition 2007, maintenant. Trois jours, du vendredi 13 au dimanche 15 juillet, d’une bigarrure étonnante. Tout tourne autour du château d’Assier, cet étonnant palais Renaissance très "nouveau riche", tout à la gloire de son fondateur, capitaine général de l’artillerie et Grand Ecuyer de François Ier. La cour carrée qui n’est plus fermée (le château a été aux trois-quarts démoli au XVIIIème siècle) s’orne de bas-reliefs représentant sièges et carnages... par bonheur, les batailles qui s’y livrent maintenant sont moins sanglantes : elle abrite la grande scène où se déroulent les concerts du soir, et les plasticiens chargés de l’habiller pour l’occasion l’ont parée de draps teints de couleurs vives, comme autant d’oriflammes dérisoires et... civiles. Comme chaque année, des stages d’une semaine ont préparé le festival en pente douce : Capoeira (le seul art martial alliant l’adresse, la musique et une vision sociale marquée par l’esclavage), musique et cirque pour les enfants, initiation à la danse coréenne... et le rendez-vous des musiciens amateurs et futurs professionnels de la région : le stage animé par le saxophoniste Bruno Wilhelm - un fidèle d’Assier -, consacré cette année à l’approche de l’improvisation au coeur de l’orchestre. Résolument jazz et sacrément culottée, la programmation d’Assier : Trio cent pour cent impro, où un feu-follet animé de 35 idées à la seconde (Edward Perraud à la batterie), déchaîne les tourments de l’enfer avec Arnault Cuisinier, contrebassiste sombre et éperdu, dans une lutte à saxos tirés avec un Bruno Wilhelm tour à tour mélodique, incisif et convulsé. Pas l’artillerie lourde des bas-reliefs du château : plutôt une mitraille sarcastique alternant fureur, humour et férocité.
Mais il n’y a pas que du jazz. Il y a eu aussi, cette année... des surprises :
On vous le disait bien : Assier est un endroit où l’on revient. Et en plus, pour y aller, il y a le train. Vous n’avez aucune excuse : on s’y retrouve en 2008.
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