
Michael Formanek
New Digs
Michael Formanek (b), Alexander Hawkins (cla), Chet Doxas (ts), John O’Gallagher (as), João Almeida (tp), Mary Halvorson (g), Tomas Fujiwara (d)
Label / Distribution : Intakt Records
Voilà de nombreuses années que le contrebassiste Michael Formanek, connu pour sa grande capacité à diriger des orchestres, de son quartet Elusion jusqu’au grand format Kolossus, propose toujours une forme de panorama exhaustif, pour ne pas dire de quintessence, de ce qu’on peut envisager comme le jazz contemporain, exigeant et audacieux. Son nouveau septet, qui publie New Digs chez Intakt Records qui lui est fidèle, n’échappe pas à ce constat, ce que l’intense « Prequel », riche, foisonnant et très efficace ne manque pas de souligner. On est toujours impressionné par la capacité à rassembler des solistes de talent autour des projets du contrebassiste étasunien : premier de la liste ici, le pianiste Alexander Hawkins que l’on découvre ici à l’orgue Hammond. Cette esthétique électrique, qui agit comme un lent diffuseur sans les strates et les échanges du septet est la clé de ce nouvel orchestre. Il faut écouter « Aka The Stinger » et le travail de fond de Hawkins et Formanek avec le batteur Tomas Fujiwara pour s’en convaincre.
Évidemment, Fujiwara est de la partie, tout comme l’est Mary Halvorson. On pourrait songer que le trio Thumbscrew, décidément racine fondamentale de nombreux orchestres (on pense à Code Girl), est le moteur de New Digs ; mais c’est bien le trio Hawkins/Fujiwara/Formanek qui est ici à la manœuvre, la guitare travaillant davantage dans l’ombre, jouant le liant avec l’orgue Hammond B3 avec une grande subtilité, renforçant aussi le lien avec les trois soufflants choisis par Formanek, dont le ténor Chet Doxas, aperçu chez Dave Douglas ou Šamo Salomon, est le fer de lance. « It Was », où s’illustrent l’altiste John Gallagher et le trompettiste João Almeida, en est l’illustration, la finesse de la dentelle des soufflants est absolument mise en valeur par la grande liberté et la signature sonore de Mary Halvorson.
New Digs est un disque intense marqué par le calme de Formanek, cette placidité qui permet de révéler un grand talent d’écriture. « For My Consideration », sans doute le morceau emblématique de cet album, permet de goûter son jeu si fluide et boisé dans une construction d’orchestre magistrale où le jeu de Hawkins distribue les rôles sans une note superflue. Il y a un mouvement phénoménal dans ce septet où le moindre détail, fût-ce un trait de pédale de Halvorson, permet tous les virages fluides, sans accrocs ni sentiment de rupture. Avec New Digs, Michael Formanek signe son album le plus abouti dans une carrière pourtant solidement assise.
