Tribune

Hommage à Roy Campbell

Roy Campbell était un des plus grands trompettistes américains, parmi les plus inventifs de sa génération. Il est décédé ce jeudi 9 janvier. Nous lui rendons ici un bref hommage.


Roy Campbell était un des plus grands trompettistes américains, parmi les plus inventifs de sa génération. Il est décédé ce jeudi 9 janvier. Nous lui rendons ici un bref hommage.

Avec beaucoup de tristesse, nous avons appris le 9 janvier dernier le décès du trompettiste américain Roy Campbell. Il avait 61 ans.

Roy Campbell est né à Los Angeles le 29 septembre 1952. Multi-instrumentiste, c’est surtout à la trompette qu’il excellait, même s‘il jouait aussi avec aisance du piano, du violon et de la flûte, qu‘il pratiquait davantage ces dernières années. Renommé dans les cercles du free jazz, il était capable d’aborder d’autres styles de musique afro-américaine avec une égale virtuosité, une égale inventivité.

Roy Campbell se forme sous la bienveillance de Lee Morgan, Kenny Dorham et Howard McGhee. Il étudie également la composition et la théorie avec Yusef Lateef, récemment disparu lui aussi. En 1972, il fonde Spectrum, son premier groupe ; c’est alors qu’il entre dans le free jazz, le champ où il s’illustre le plus brillamment. Peu après, il rencontre William Parker et Jemeel Moondoc et tourne avec eux. Poursuivant son parcours jusqu’en Europe, où il vit un temps, il joue avec des vétérans comme Don Cherry aussi bien qu’avec la jeune garde de l’époque et des musiciens comme Matthew Shipp, ainsi qu’avec les figures presque légendaires d’alors, tel que Peter Brötzmann. Il jouera également énormément avec William Parker et Hamid Drake dans Other dimensions in Music, ainsi qu’avec Mark Whitecage, Joe Fonda et Lou Grassi au sein de The Nu Band. La contrebassiste Joëlle Léandre, qui a joué avec lui dans le quartet The Stone avec Marilyn Crispell et Mat Maneri, a dit qu’il était un des meilleurs trompettistes de sa génération.


JPEG - 33.4 ko
Roy Campbell Photo H. Collon

Campbell a enregistré beaucoup comme sideman, moins comme leader. La formule dans laquelle il s’est le plus et le mieux illustré est celle du collectif sans leader, tel que Other Dimensions in Music ou The Nu Band, ou encore le duo - avec William Parker, Rob Brown, Matthew Shipp ou encore Jemeel Moondoc.

Son jeu se caractérise par son tranchant. Loin du jeu « milesien » feutré et détimbré, fluide et délié, Campbell n’hésite pas à faire claquer les aigus et à se placer dans le registre supérieur de l’instrument, avec un phrasé souvent heurté dont la syntaxe désarticulée ne se laisse pas toujours suivre aisément, pour le plus grand bonheur de qui aime à se laisser égarer. L’idiome de Campbell est puissamment original, et si l’on retrouve en lui des traces de nombreux autres langages musicaux, de toutes origines et de tous âges, il les fondait dans le sien propre, par l’effet d’un phrasé immédiatement reconnaissable, à la fois nerveux et désarticulé.

La contribution de Roy Campbell au jazz contemporain est de premier plan. Son héritage lui survivra longtemps, et nous adressons à ses proches nos pensées chaleureuses et le témoignage de notre profond amour de sa musique.