Scènes

Le jazz insulaire

Retour sur les rencontres ultramarines de l’AJC


Charley Rose trio © Christophe Charpenel

Face à la nécessité de faire découvrir les scènes ultramarines aux programmateurs tout en donnant la parole aux acteurs des départements françaises ultrapériphériques, l’Association Jazzé Croisé (AJC) a organisé du 29 novembre au 1er décembre des Rencontres Outre-Mer. Au programme, trois journées alternant entre tables rondes, présentations de dispositifs d’accompagnement pour les professionnels, et showcases d’artistes.

L’après-midi du lundi 29 novembre a été consacré à une présentations des différents écosystèmes musicaux des territoires Outre-Mer. Bien que des spécificités sont à l’œuvre sur les territoires, des constats communs s’imposent vite : manque de moyens pour professionnaliser les musiciens, manque de lieux de résidences de créations, manque de solutions pour exporter les productions ultramarines. Les acteurs locaux ou ex-métropolitains originaires des ultra-périphéries sont nombreux à avoir fondé des évènements ou des endroits permettant de pallier ce qui est perçu comme une carence institutionnelle. Cet état des lieux a été suivi par une présentation des différents dispositifs à l’œuvre pour les artistes et les professionnels du secteur, directement depuis ces territoires (comme le Pôle Régionale des Musiques Actuelles de La Réunion, PRMA) ou bien porté par des institutions plus centralisées comme la Cité Internationale des Arts et l’Institut Français.

Nout © Christophe Charpenel

À partir de 18h15, rendez-vous à La Dynamo de Banlieues Bleus pour assister à quatre concerts d’une demi-heure dans la soirée. En ouverture, le quartet intimiste classe d’Insula du pianiste Maher Beauroy, qui rend hommage à Frantz Fanon. Le solo project dance du flûtiste Yann Cléry a poursuivi les réjouissances. Puis, place à l’un des lauréats de Jazz Migration, Suzanne, trio inclassable entre folk, free et contemporain. Enfin, c’est Sélène Saint-Aimé en septet qui a conclu, avec une formation très ouverte par l’absence d’instrument harmonique, portée sur les échanges voix-vents dont les arrangements de ces derniers sonnaient très colemaniens.

Mardi 30 novembre, une autre soirée de showcases était prévue. Le trio minimaliste d’Ann O’Aro a tenu la salle en haleine par la puissance de la voix et ses textes en poésie créole. Nout, trio psyché et jazz-alternatif, transforme la harpe électrique en guitare et la flûte traversière en sax fou bourré d’effets, le tout sur des tournes de batterie bien rock.
À 20h30, place au trio aérien du saxophoniste Charley Rose. Le LéNoDuo d’Arnaud Dolmen et de Leonardo Montana a poursuivi en éblouissant l’assemblée par la maîtrise de la main gauche du piano et le dialogue exigeant et prométhéen installé entre les deux compères. Enfin, Coccolite a servi son hybride jazz-électro-funky-pop pour clore la soirée.

Leonardo Montana & Arnaud Dolmen © Christophe Charpenel

Mercredi 1er décembre, les rencontres se sont terminées par le colloque « Outre-mer et international : comment les artistes peuvent créer, produire, et montrer leurs œuvres ». En intervention, Nayabiwgué Abrin, Cédrick Isham Calvados, Isabelle Fruleux et Patricia Badin nous ont fait part de leur expérience en tant qu’artistes et des différents enjeux qui se posaient autour des représentations « exotiques » des cultures ultramarines et des difficultés qu’ils ont rencontré lors de leur parcours professionnel et artistique. Très vite, la conversation a dérivé sur les problèmes liées à l’identité. Les lourdeurs administratives français ont découragé les connexions dans l’espace caribéen pour la Martinique et la Guadeloupe, dans l’Océan Indien pour La Réunion et Mayotte. Jacques Martial, Manuel Césaire et Christiane Taubira ont rebondi sur les histoires des artistes en évoquant leurs parcours personnels ainsi qu’en appelant à des ponts toujours plus nombreux et plus intenses entre cultures ultramarines et cultures hexagonales.