Scènes

Sketches de Paris

Franck Avitabile New Trio en concert au studio SFR


Dans Paris Sketches, sorti en mars 2009, Franck Avitabile joue en compagnie de Pino Palladino et Manu Katché, rencontrés au sein du groupe Tendances. C’est principalement le répertoire de cet album que le pianiste a choisi d’interpréter au studio SFR, avec Diego Imbert et Aldo Romano, trio qui tourne ensemble depuis 2007.

L’opérateur de téléphonie mobile soigne son image : dans les beaux quartiers (le VIIIè), rue Tronchet, à deux encablures du Crillon, SFR a créé son centre commercial « high tech » : point de vente, vitrine pour sa recherche, café « Internet », restaurant branché, « douche musicale » et salle de concerts… gratuits [1]. Le lieu affiche d’emblée la couleur : décor futuriste à jeux de lumières savants, mobilier moderne, tons dans la charte graphique de l’entreprise (rouge et noir), verre, escalators… Le XXIè siècle est là. Le studio lui-même est sobre et agréable, avec une acoustique très présente ayant tendance à légèrement amalgamer les voix. Le côté « salle de concert privée » est renforcé par la proximité des musiciens mais sans doute aussi parce que curieux et amateurs se côtoient dans une ambiance décontractée. [2]


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Franck Avitabile © Patrick Audoux

D’emblée Avitabile chauffe la salle avec un solo énergique construit sur un va et vient entre les thèmes de « Mission Impossible » et « I Mean You » (Monk). À ce morceau pimenté de ragtime succède une improvisation sur quatre notes proposées par le public, en l’occurrence la, fa, mi, ré. « A Title Is Nothing » sert de point de départ à une digression aux traits nostalgiques et élégants. Après ces deux solos, Imbert et Romano rejoignent Avitabile. « Air », composé par le pianiste pour remplacer la rengaine qu’une compagnie aérienne diffuse en bruit de fond à bord de ses avions [3], résume assez bien la musique du trio : une mélodie élégante emmenée par un piano en verve, une contrebasse qui balance et une batterie foisonnante, le tout dans une ambiance « néo-bop » joyeuse et moderne. Alternent ensuite d’autres pièces de Paris Sketches à l’instar de « Rewind » ou « Ultraviolet », mais également « L’impossible » d’Oscar Peterson [4] et, comme à chaque concert, un hommage à son mentor, Michel Petrucciani (avec le magnifique « Cantabile »). Pour le bis, le trio joue l’émouvant « Childhood Memory », tiré de Short Stories et interprété dans une veine reggae particulièrement entraînante.

Le jeu d’Avitabile navigue entre figures rythmiques et lyrisme, sous influence des pianistes français du XXè siècle, quelque part entre Bill Evans et Keith Jarrett mais finalement très « avitabiliste ». Imbert est rassurant par son assise rythmique confortable, son gros son velouté et son écoute. Romano, très en forme, a décidé d’en mettre partout du début à la fin et ne laisse de répit ni à ses compères ni aux auditeurs. D’architecture classique, inscrite dans une lignée « mainstream » (introduction/thème/solos/thème), la musique du trio n’en demeure par moins originale car elle intègre des éléments du XXIè, fait la part belle aux interactions, et privilégie l’indépendance des voix. Grâce à cette savoureuse recette Avitabile est incontestablement un des « chefs trio du XXIè » qui mérite ses trois croches…

par Bob Hatteau // Publié le 24 août 2009

[1Action de mécénat qui, en ces temps de disette culturelle, devrait servir d’exemple à davantage d’entreprises.

[2Le seul hic en début de soirée c’est ce photographe qui se balade devant la scène, s’assied partout sans gêne, fait du bruit comme si de rien n’était et aveugle les auditeurs avec son flash mal réglé. Attitude qui a de quoi révolter les photographes dignes de ce nom !

[3Même l’hippocampe se retourne dans sa tombe en entendant cette affreuse mélopée geignarde…

[4Déjà au programme du premier concert du trio en février 2007.