Publié le 16 novembre 2002
Claude Barthélémy, le retour
Le monde a beaucoup changé, l’heure est venue de proposer une véritable « planet music », savante et joyeuse, et sonorisée de façon à respecter le timbre des instruments non-européens. Je pense, je souhaite, j’espère, j’ai la folie de prétendre pouvoir faire vivre deux mondes sous le même toit d’un orchestre de chambre, de cour dit-on dans ces pays « là-bas », qui serait l’Onj. Un retour de l’idée de la plus savante des musiques populaires et la plus populaire des musiques savantes. Au fond, le jazz n’est-il pas une manière de folklore urbain réinventé sans cesse par des gens venus de partout ? Il s’agit d’intégrer dans le monde du jazz la partie immergée de ces musiques d’ailleurs, dans ce qu’elles ont conservé de primordial : les tempéraments non-égaux, l’utilisation des bruits parasites, des territoires proto-modaux, musiques à tons plus qu’à notes. Je vois très bien comment les mêler à des considérations harmoniques d’aujourd’hui. Il faut préciser que l’évolution de la lutherie occidentale a toujours été dirigée dans l’esprit de plus de puissance, de tessiture, de vélocité, de propreté, d’uniformisation des timbres afin de rendre cohérentes les grandes machines que sont les orchestres symphoniques. Le but a été atteint avec un succès indéniable mais au prix de quelques abandons. Et un jour l’on reste cloué à l’écoute de Munir Bachir, sans clé évidente de cette sidération.
La composition de l’orchestre : batterie (Jean-Luc Landsweerdt), percussions(Vincent Limouzin), 2 basses (Olivier Lété, Nicolas Mahieux), 2 guitares(Alexi Thérain, Claude Barthélemy),3 trombones (Jean-Louis Pommier, Sébastien Llado, Pascal Benech), 2 trompette-cornet-bugle(Geoffroy Tamisier, Médéric Collignon), 2 saxophones (Vincent Mascart, Philippe Lemoine). A l’exception de deux d’entre eux, aucun n’a été recruté dans un ONJ précédent, et surtout aucun dans l’ ONJ version 89-91. Il s’agit pour la grande majorité de jeunes musiciens : une participation à l’orchestre représente une belle exposition de leur travail devant des publics divers dans un cadre solide. Je les connais tous, j’ai joué en concert avec la plupart d’entre eux et je suis de près la « carrière » des autres. Beaucoup de nouveaux arrivés talentueux aussi auraient pu prétendre à une participation dans ce projet. Mais au-delà de l’adhésion à ma façon de voir, c’est l’intelligence, la générosité, le désir de musique propre à chacun qui ont constitué les facteurs prépondérants dans la construction de mon choix. J’aime à voir les choses se faire en bonne intelligence entre gens qui savent que la musique est aussi un jeu parfait où tout le monde gagne lorsque la partie est belle. En plus les interprètes sont les premiers et principaux "publicitaires" de la musique. Il convient de les choyer, surprendre, rassurer, rendre ambitieux . C’est comme la corrida : c’est le matador qui anime le taureau, c’est le taureau qui fait la corrida. Le répertoire (non exhaustif) est constitué de pièces comme : Les amis de Bill , Le lacunaire speedé (autour d’Hank Mobley), Faussaire (pour Charlie Mingus), Tabasco Mental (folie énervée), Planète (planerie Balinaise), Otis (R’n’B), Corvisart (reggae à ma façon), Wild Cat blues (Clarence Williams), Power of Love (James Marshall Hendrix), Nuages (Django Reinhardt), Dezarwa (Henri Texier), Airegin en arrangement hardrock (Sonny Rollins).
Le jazz peut être considéré comme la rencontre de l’Afrique et l’Europe qui s’est produit sur un terrain « neutre » : l’Amérique. L’apport sub-sahélien à cette musique (le n’goni de Moriba Koïta) mérite aujourd’hui une exposition sérieuse.
Les exemples de Bali, donc de l’Inde du Sud, où les danseurs évoluent au milieu de l’orchestre, me donnent l’envie d’une transposition européenne, où la danse d’aujourd’hui ne bouderait pas forcément le synchronisme rythmique, où la chorégraphie serait une partie du spectacle et non le seul objet, comme un soliste instrumentiste invité. Dans le même esprit, il ne me semble pas impossible d’imaginer la présence de l’orchestre au sein de manifestations comme « Le Printemps de la Photo », désormais installé à Toulouse. Ou la collaboration à Marseille et dans d’autres villes avec « Ars Nova » dont je suis un des compositeurs « maison », ce qui permettrait d’envisager la création de musiques d’aujourd’hui, et pourquoi pas un opéra jazz. Et aussi d’écrire de la musique en intégrant des instruments peu courants dans le jazz comme le basson, le violon alto, le cor…
Toujours la même : réconcilier l’atonalisme, le lyrisme et la mélodie, et entretenir le petit carré de forêt qui m’a été confié, entre Boulez, Hendrix , Munir Bachir et Sonny Rollins.
Pour l’ONJ voici les premiers concerts de l’Orchestre National de Jazz :
Je suis sous contrat avec Label Bleu et à ce titre, je lui présenterai tous mes projets discographiques. J’ai obtenu l’assurance de la part de Jacques Pornon, Michel Orier et Pierre Walfisz que l’ONJ enregistrerait pour Label Bleu, quelque soit l’évolution du label. L’ONJ serait invité en résidence à la maison de la culture d’Amiens à partir de 2003 et associé au moins à une création chorégraphique. L’album avec l’ONJ Claude Barthélémy sera enregistré en décembre 2002 ( Production Label Bleu/ ONJ ). La fabrique du disque : On a enregistré en live, sur scène pendant cinq concerts d’affilée, du 26 au 30 mars dernier, lors du Festival des musiques d’ailleurs d’Amiens, un disque avec mon trio, plus en invité Daunik Lazro et Rémi Charmasson. Voir la musique d’un tout autre point de vue, tout de précision, de patience et de rigueur. C’est pour moi la plus grande joie musicale, de bâtir pas à pas une architecture savante dans laquelle l’auditeur pourra se promener à sa guise, et qui, dans l’idéal, stimulera son intelligence, et sa sensualité, qui sait ? Et puis je suis aussi très fier de mon arrangement de la musique d’Henri Texier pour les cordes de l’orchestre de Bretagne, dirigé par Stéphane Sanderling : ce travail fut suivi de l’enregistrement début avril d’un album, toujours chez Label Bleu . [ndlr : le disque vient de sortir "Henri Texier Azur Quintet - Strings Spirit]. Ecrire, inventer, suggérer, toutes les parties des violons, alti, violoncelles, 29 musiciens en tout, définir le climat et l’esprit des interprétations, aider le Quintette Azur à réaliser au mieux leur partie. "Arranger" impliquerait que l’on mette de l’ordre et que l’on "améliore" le premier état. Il peut arriver que l’on ne fasse rien si le morceau se suffit à lui même. Composer et arranger, c’est ne jamais RIEN oublier. Entrent dans ce travail surtout une technique d’harmonie, de contrepoint, une connaissance des instruments autres que ceux auxquels on est habituellement confronté dans notre pratique d’instrumentiste. Ainsi je ne me sens pas du tout forcé de penser à ma guitare surtout s’il n’y en a pas dans le projet. C’est encore l’envie de se retrousser les manches tout seul, des jours et des jours à sa table de travail. Je suis un écrivain de musique.
L’envie de revenir à un format de type « big band » me chatouillait depuis une de mes créations récentes, « Barthématiques », qui a eu lieu le 12 mars 1999 dans la Grande Salle de la Cité de la Musique, dans le cadre du festival Banlieues Bleues. Gary Valente, Matthieu Michel, Michel Massot, Evan Parker, Michaël Riessler, Alessio Riccio, et, le meilleur pour la fin, Sophia Domancich et Hélène Labarrière se joignirent à moi pour ce concert. Nouvel orchestre, nouveaux arrangements, pour la première fois je réussis à diriger et en même temps jouer ma guitare à peu près correctement dans ce genre de situation, unique et traquante à souhait. J’ai depuis un an résolu de faire de l’attelage guitare-basse-batterie-accordéon-vibraphone la base de la plupart de mes extensions instrumentales. D’où Sereine.
Voir aussi :
LA THEORIE DES CORDESLe 17 Avril à 20:30 Jazz club d'Auxerre - (12 €) |




















