En 2005, il fait quelques gigs avec Dave Douglas, qui l’engage en 2006 dans son quintet. Le résultat est le dernier disque du Dave Douglas quintet, Meaning and Mystery. On pourrait disserter longuement sur la grande qualité de cette œuvre. On peut simplement dire que c’est l’album qu’on attendait de Dave Douglas. Il faut aussi souligner que le travail de McCaslin y est essentiel. Sur le morceau « Culture’s War » de Dave Douglas, par exemple, il développe un chorus au ténor d’une rare intensité et d’une grande musicalité. Toujours en 2006, Donny McCaslin signe chez Criss Cross pour Give and Go » et chez SunnySide avec Soar. Pour inaugurer et clore son disque, McCaslin a arrangé deux traditionnels panaméens, « Tanya » et « Merjorana Tonosieña ». « Tanya » débute par un duo sax-percussions qui nous fait d’emblée voyager à travers le monde et toutes ses musiques : accompagnement folk avec la guitare de Ben Monder, jazz avec le sax de McCaslin, latin par la rythmique, et des chants à chaleur afro. Tout cela en trois minutes. Le résultat est stupéfiant et très efficace. Le genre de morceau qu’on écoute en boucle. Mais il n’est pas le seul.... Si la mise en bouche est exotique, les compositions de McCaslin nous font prendre pleinement conscience de son art. « O Campeão », en hommage au magicien de la musique brésilienne Hermeto Pascoal, « Push Up the Sky », « Be Love » et le somptueux « Soar » sont basés sur des rythmiques latines qui, on l’a dit, se fondent parfaitement dans le jazz et le jeu des musiciens (Scott Colley, Ben Monder et Luciana Souza, de vieux compagnons de route), alors que les harmonies et les mélodies restent jazz. Ce qui saute aux oreilles ? Les percussions de Pernell Saturnino, qui apportent un appui coloré à la batterie d’Antonio Sanchez et mettent en valeur le groove sous-jacent - groove aussi bien latin que jazz. La voix de Luciana Souza, en arrière-plan, ombrée et voilée. Discrète, elle souligne la mélodie, ce qui donne un côté World Music raffiné, et glisse une pointe de folie douce via des onomatopées qui s’envolent en fin de pièces. Ses vocalises rappellent celles entendues au sein du Maria Schneider Jazz Orchestra, certainement une inspiration pour McCaslin. Enfin, les influences de ce dernier s’étendent au rock, que l’on retrouve chez Ben Monder sur « Be Love » en particulier, renforcé par la voix de Souza qui lui répond comme en écho. Guitariste très inspiré et discret, lui aussi, Monder renforce le côté dramatique de la ballade intitulée « Grafton » par une inertie certaine alors que le saxophone planant nous fait tanguer sur ses vagues douces. Grâce à un son rock progressif sur « Soar », Monder est la plaque tournante du morceau. Dans la lignée d’un Chris Potter, mais avec un discours très personnel, Donny McCaslin est un chorusseur inspiré qui s’exprime posément, par lignes mélodiques, avec un jeu tout en variations rythmiques et une sonorité percussive. Sans déferlement de notes, sa loquacité mélodique est faite de rigueur logique. Ses idées et figures sont toutes travaillées mais, loin d’asphyxier l’auditeur, elles l’entraînent dans un monde exaltant. Assurance rythmique infaillible, mélodies expressives... on découvre cet univers comme on dépouille un mille-feuilles ; Donny McCaslin fait décidément partie des musiciens à découvrir. Soar est une ode délicate et subtile à la musique, aux musiques, et nous rappelle pourquoi il est si bon de vivre.
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