Publié le 25 juin 2001
Laurent Dehors
Polyinstrumentiste accompli, leader de formations où se donne une musique festive, libre, aux confluents de nombreuses influences ou alors sideman aux côtés d’Antoine Hervé, François Raulin ou Louis Sclavis, Laurent Dehors étonne. La fête des Jazz a été l’occasion de l’interroger sur son parcours et sur ses musiques qu’il donne autant à voir qu’à écouter.
J’ai fait mes classes au conservatoire, mais dès que j’ai eu mon instrument à 8 ans, j’ai mis les disques de mes parents, Sydney Bechet, Glenn Miller, et je jouais, j’essayais de trouver les thèmes d’oreille. J’ai aussi fait du rock dans la cave. Si nous jouons des reprises du groupe Police avec le trio [David Chevallier et Denis Charolles], c’est que je jouais ces titres à la basse et à la guitare avec des potes quand j’avais 14 ans. J’ai fait du bal aussi…
En fait je n’ai jamais rien passé, je voulais bosser le sax à fond pendant un an pour voir le résultat. J’ai ainsi travaillé 4 à 5 heures par jour, pas plus parce que pour les mandibules ce ne sont pas des instruments qui permettent de jouer toute une journée, c’est un travail assez physique. Au bout d’un an, j’ai commencé à avoir des petits plans par ci, par là. J’avais laissé la clarinette de côté, c’était un instrument un peu démodé pour moi, post-adolescent qui ne rêvait que de force et de puissance ! J’ai fini par revenir à la clarinette, par la clarinette basse. Un soir, j’ai fait le bœuf avec Antoine Hervé en 1988, il m’a proposé de monter un trio avec lui. Il m’a pris ensuite dans l’ONJ, et pour moi qui sortais de ma campagne c’était formidable : je me suis retrouvé avec de grands musiciens et j’ai aussi pris l’avion pour la première fois pour aller à Zagreb ! Et depuis j’ai joué avec toute la scène actuelle.
Et puis ensuite, comme dans la vie de tous les groupes, il y a des petits clashs, des moments où l’on a envie de changer : j’ai donc proposé à Denis qui à l ‘époque jouait du jazz sur une batterie normale, d’intégrer le trio. Je ne voulais pas de piano, de contrebasse ou de basse électrique parce que tout de suite, on était dans un ‘tunnel’. Je n’ai rien contre ce tunnel, j’adore quand un bassiste me fait une walking et que je joue dessus. Mais il faut changer aussi : là David [Chevallier] a une guitare 7 cordes, Denis [Charolles] a des sons graves [grosse caisse] , et j’ai cherché à faire des basses aussi. Et la musique, de ce fait, change. Dans Tous Dehors, il y avait une basse à l’origine, et le jour où le contrebassiste n’a pas pu venir à un concert, on a " fait" la basse autrement, avec le tuba [Michel Massot], David, et moi. Et puis jouer avec des gens qui sont un peu hors-normes, pas " allumés ", je n’aime pas trop ce mot. Quand on entend David et Denis on comprend que ce sont de grands musiciens. Parallèlement j’étais sideman dans un big band mais je commençais à apporter de la musique. Comme le directeur musical avait plutôt envie de faire jouer " sa " musique, j’ai compris qu’il était peut-être temps pour moi de monter un projet, de passer des coups de fil, d’aller demander des subventions, d’aller chercher des musiciens, de composer encore plus de musique, et voilà… une page s’est tournée à ce moment là. C’est beaucoup de bonheur, mais aussi des complications, musicales et humaines…
Mais après un temps, il est difficile de poursuivre, car tous ces musiciens ont aussi leur carrière, comme moi à une époque, ils commencent à mener leur propre projet. Alors maintenant, je morganise pour tourner avec des équipes B. Je remplace les musiciens par un son dinstrument qui me touche. Il mest arrivé de choisir à la place de la clarinettiste Catherine Delaunay, Yves Robert au trombone ou Régis Huby au violon. Je suis plus attaché à la personnalité du musicien quà son instrument.
Dans ma musique il y a une horizontalité. Je ne suis jamais devant en train de faire le beau, dans le trio ou dans le big band. Même si je suis directeur artistique ou que je donne la direction musicale, j’ai toujours cette envie d’horizontalité. Même avec un soliste, ou peut-être deux, à chaque instant chacun apporte sa pierre à l’édifice, chacun est investi pour qu’il y ait un son global, sinon la musique n’a pas lieu. Souvent dans les big bands on voit lors des solos les autres musiciens s’agiter, ne pas vraiment écouter. Je refuse cette attitude, je suis attaché à un ensemble, à un collectif.
Louis Sclavis est un boulet de canon, cest un jusquau-boutiste, quelquun qui a un peu le complexe de la musique contemporaine et qui veut faire de la musique sérieuse. Moi jen ai rien à battre ! Ma musique elle est sérieuse et le rire cest très sérieux. Cest très important de rire. Mais on peut jouer ensemble aussi, je sais quau Mans dernièrement jai invité Louis et Michel, et on a fait des musiques totalement différentes avec lun et lautre.
J’ai des projets divers du solo à la méga fanfare en passant par des fanfares que j’anime sur Rouen dans le cadre d’une résidence, des amateurs sur Paris que je vais faire travailler pendant 2 week-ends, et puis le groupe Tous Dehors bien sûr qui tourne. A l’automne au festival de Nevers, on fera une relecture de Glenn Miller, dans la série, " Mémé joue moi in the moon ", un peu détourné. Glenn Miller, c’était la variété de l’époque. Comme le dit André Francis, le jazz s’est fait par le peuple, pour le peuple, et ensuite en dehors du peuple. Je ne pense pas que nous soyons en dehors du peuple. Ensuite on commencera une grande tournée avec Tous Dehors en Afrique de l’Ouest de mi-octobre à mi novembre, je vais peut-être changer un petit peu d’équipe car les musiciens sont très pris. J’aimerais bien faire un groupe avec un bassoniste. Enfin un des projets qui me tient à cœur actuellement est de monter un solo. Parce que j’ai toujours eu besoin des autres pour faire ma musique, je n’aime pas jouer tout seul, j’ai l’impression d’être sous la douche ! Mais je veux monter un solo parce que David et Denis ont leur projet, Michel Massot n’est pas là pour l’Afrique, donc je pense que c’est le moment de le faire. J’avais déjà joué en solo, mais je n’avais pas assez travaillé cette idée d’aller vraiment au fond de moi. Et puis je me suis aperçu pendant le festival du Mans, en faisant des duos totalement improvisés avec Paul Rogers, Daniel Humair ou John Taylor qu’ils me poussaient à retrouver des choses enfouies, que j’avais mises de côté.
1992 : Laurent Dehors Trio (avec David Chevallier et Louis Moutin) : Idées Fixes (Collector) 1994 : Trio Grande ( Dehors/Massot/Debrulle) - Igloo Sowarex 1996 : Tous Dehors : Dans la rue - CC Production 1997 : Laurent Dehors Trio (avec David Chevallier et Denis Charolles) : En attendant Marcel - Evidence 1998 : Tous Dehors : Dentiste Evidence à paraître (octobre 2001) : Trio Grande : Signé Trio Grande - De Wers Laurent Dehors : Live au Mans - Evidence Sideman 1989 : ONJ (Antoine Hervé) : African dream - Label Bleu 1991 : Antoine Hervé : Paris Zagreb - Deux Z 1993 David Chevallier : Migration - Ada 1995 : Michel Portal : Cinémas - Label Bleu 1995 : Daniel Goyone : Il y a de lorange dans le bleu - Label Bleu 1996 : Patrice Caratini : Hard scores - Label Bleu 1997 : Jean-Marie Machado : " Chants de la mémoire " - Hopi 1997 : Le POM - Pee Wee 2000 : Daniel Goyone : Haute Mer - Label Bleu 2000 : Yves Robert : Lété - Deux Z
Voir aussi :
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