Scènes

Mélodie 6

au Grenoble Jazz Festival


Lundi 17 Mars, Mélodie 6 au Théâtre le Rio à Grenoble, rencontre théâtrale, confrontation rock-jazz, débat d’idée ?

Des musiciens assez nombreux nous attendent sur scène. Neuf silhouettes dans une semi pénombre qui ne semblent pas forcément à l’aise dans leur habit d’apprenti - comédien - musicien - confirmés, dont quatre membres de l’ARFI, qui ne sont pas à une confrontation ou mise en abîme près, ( bagadou, cinéma et aujourd’hui « Mélodie 6 » dispositif musical et scénique).

Alfred Spirli, percussionniste inventif, s’est installé à sa table à jouer et agrémente à coup de bateau mécanique et de percussion plastique la mécanique du texte « J’y vais ». Xavier Garcia, sampler et membre de l’ARFI avec des penchants acousmatiques, Eric Allombert, guitare (qui semble avoir déjà donné dans le mélange théâtre contemporain et musique notamment avec Cul Cendron relecture de Cendrillon, si je ne me trompe pas de personne) et Dominique Lentin, batteur aux accents free-rock, démarrent une B.O. inspirée de l’atmosphère Lynchéenne, comme ces instants où le jazz viendrait flirter avec le rock, sauf que pour Mélodie 6, ça renvoie au pire du rock.

S’ensuivent des vignettes suite de texte, morceaux choisis de Sony Labou Tansy, auteur d’une relecture du Livre de la Jungle empreinte d’humanisme. A d’autres instants, les musiciens tenteront de créer un climat comme l’idée d’une usine. Dans « Tu nous a dit pourtant », le texte devient prétexte à un sabir esperanto sur fond d’alunissage au sampler pour un descriptif sans joie des massacres de la guerre au Rwanda. Ici seulement, sur ce qui semble avoir été plus abouti, et déjà donné dans le cadre de représentation solo, Jean Paul Delore, acteur et metteur en scène de cette soirée, nous fait part de son meilleur internement sur fond de psychanalyse allemande, et nous énumère au passage le contenu psychotrope et anti-anxiolytique de son armoire à pharmacie, mais l’entente de ces textes sans homogénéité, sinon de par leur contemporanéité, lasse.

Résumons : ceci est il un spectacle ? Oui. Ceci est il du jazz ? Non

Il manque cette essence fondamentale du jazz, qu’est l’improvisation, car ici la musique n’est qu’un prétexte. Guitare distordue, batterie et sampler ne sont qu’au service du texte, les interventions cuivrés à l’exception du merveilleux solo de soprano en mélopée soufique et multiphonique ne sont que grincements, couinements ou belles nappes, à défaut de constituer des interventions musicales.

Ainsi si vous vouliez voir du théâtre contemporain en prétextant venir à un concert de jazz, Mélodie 6 serait le parfait alibi. Mais inviter des musiciens de jazz ne suffit pas à faire jouer du jazz, voire à supposer cette intention.
Aussi, lorsque Alfred Spireli égrène des cartes à jouer sur sa table pendant 45 mn sur fond de litanie où « le ciel est rempli de nuage, Maddy fait des crêpes » et « le machin au pruneaux j’en ai repris deux fois », ou encore « le coupable c’est Eric Parent ». De jazz, il ne n’y en aura pas eu.

Éric ALLOMBERT, voix, guitare
Xavier GARCIA, samplers
Dominique LENTIN, batterie
Maurice MERLE, saxophone
Alfred SPIRLI, batterie, percussions, comédien
Guy VILLERD, saxophone

Mise en scène Jean-Paul DELORE
Sur des textes de Natacha de PONTCHARRA « J’y vais », Eugène DURIF « La litanie des médicaments in Via negativa », Sony LABOU TANSY « La légende de l’étang, des fleurs et des parfums », Jean-Yves PICQ « Tu nous a dit pourtant », Philippe MINYANA « Descriptifs ».

Avec Jean-Paul DELORE, David MARTINS, Andrée TAINSY, Isabelle VELLAY

par // Publié le 29 mars 2003
P.-S. :

A voir du 25 mars au 5 avril au Théâtre Paris-Villette, dans le cadre de Banlieues Bleues.