Scènes

Mobilisation Générale


De temps en temps je passe au magasin de disques Le Souffle Continu où Théo et Bernard m’orientent vers les nouveautés qui pourraient me plaire. Si j’ai apprécié la planante Schulze-Schickert Session de 1975, les électroacoustiques Couleurs de la nuit de François Bayle de 1982 et le récent Nurse With Wound intitulé Chromanatron, c’est une quatrième antiquité qui m’a le plus réjoui.

Mobilisation Générale est une compilation de protest-jazz réunissant d’excellents morceaux enregistrés entre 1970 et 1976, pour la plupart méconnus. L’ensemble rappelle la musique que jouait l’Art Ensemble of Chicago sur l’incontournable Comme à la radio de Brigitte Fontaine, d’ailleurs ici présente avec Areski sur la seule chanson que je connaissais déjà, « C’est normal ». Les rythmiques présentent les prémisses de l’Afro-Beat, le free jazz tient du rituel et sonne profondément lyrique. Quant aux paroles, elles évoquent une époque radicale où la jeunesse ruait dans les brancards et se retrouvait dans des projets militants laissant espérer des lendemains qui chantent. La réaction a tout fait pour leur donner tort et les faire rentrer dans le rang. La résurrection de ces pépites pourrait donner des idées à la jeunesse actuelle, qu’elle soit trop gâtée ou désespérément démunie. Dans les temps qui s’annoncent, tant iniques que cyniques, la révolte va nécessiter de s’organiser. Pour se construire elle aura besoin de modèles qui lui ont tant fait défaut dans les dernières décennies, libre à elle de ne pas les suivre, ce serait même recommandé pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. Car c’est aussi dans l’analyse du passé que peut se construire le futur. Ensuite tout reste à inventer !

La suite concerne les maniaques comme moi qui lisent les notes de pochette.

Faille majeure, le livret vite torché de l’album conçu et réalisé par Julien Digger’s Digest & Jb Born Bad Records ne donne pas le nom des musiciens, ou rarement. J’ai donc cherché, parfois sans succès, qui étaient les participants à ces formidables instants. Ainsi pour « Je suis un sauvage » chanté par Alfred Panou, l’Art Ensemble était bien composé de Lester Bowie, Joseph Jarman, Roscoe Mitchell et Malachi Favors.

« Attention l’armée » est joué par le Collectif Le Temps des Cerises en 1969 avec entre autres Carlos Andreu (vc), Jean-Jacques Avenel (bs), Philippe Castellin (textes), Antoine Cuvelier, Kirjuhel (gt), Denis Levaillant (perc), Robert Lucien, Jacques Mahieux (dms), Jean Méreu (tpt), Guy Oulchen, Super P4, Gérard Tamestit (v), Jean-Pierre Turola, Christian Ville (perc) tandis qu’Atarpop ne serait que l’équipe de graphistes (j’ai d’ailleurs trouvé la Face B sur YouTube, « Le moral nécessaire »). Le livret précise tout de même que sur « De l’Orient à l’Orion », NK Nagati est accompagné du pianiste Siegfried Kessler, mais qui sont les autres ? Je compte sur mes lecteurs pour compléter les absences et corriger les erreurs. Frédéric Rufin & Raphaël Lecompte interprètent « Les éléphants ».

J’aurais dû appeler François Tusques pour vérifier qu’en 1973 sur « Nous allons vous conter... » le Collectif du Temps des Cerises était bien composé de Carlos Andreu (vc), Denis Levaillant (perc), Claude Marre (tuba), Michel Marre (sax, cornet), et peut-être Poc (tb), Manu et Pierre Ferlier, Méreu, Tamestit, Oulchen, Alain Hako, Alain Bruhl, Joël Grasset, Trnaia Munera, Marie Iracane, Jean-Claude Guillet, Boussaba...

Si « Nous ouvrirons les casernes » est de Mahjun, Daniel Happel (gt) et Jean-Pierre Arnoux (dms) accompagnent-ils Jean-Louis Lefebvre (v, fl, gt, vc) ? Quant au Full Moon Ensemble dirigé par Claude Delcloo (qui ne fut certainement pas un batteur génial contrairement à ce que raconte le livret, mais c’est lui qui avait les affaires !) il serait composé du guitariste Joseph Dejean qui a composé cette « Samba Miaou » sur des paroles de Bob Kaufman, Ron Miller (bs), Martine Tourreil (el p), Jef Sicard (fl, a t sax, bs cl), Gérard Coppéré (s t sax, fl) et Sarah (vc, perc).
On peut tout de même lire que le Baroque Jazz Trio était composé du batteur Philippe Combelle, du violoncelliste Jean-Charles Capon et du claveciniste-pianiste Georges Rabol, et que sur « Le cri », le flûtiste Michel Roques fait équipe avec Capon et le comédien Bachir Touré.
Si Nicole Aubiat chante « Hey ! » avec la troupe du Chêne Noir de Gérard Gelas, qui sont les autres ?
Et qui est avec Béatrice Arnac sur « Athéé ou A Té », composé par Claude Cagnasso ?
Ces notes de pochette ni faites ni à faire sont frustrantes. Dommage qu’elles ne soient pas à la hauteur de la musique !