Scènes

Kay : retour vers le futur des sources du jazz à Marseille

Compte rendu du spectacle « Kay, lettres à un poète disparu » à Marseille.


© A7 Productions

C’est à Marseille et nulle part ailleurs qu’a été développé le projet « Kay, lettres à un poète disparu ». Le cinéaste Matthieu Verdeil s’est associé au conteur-slammeur-saxophoniste Lamine Diagne pour construire une proposition scénique autour de la mémoire très actuelle de l’œuvre du poète et romancier Claude McKay. Ce dernier livra durant les années 1920 un témoignage littéraire sur l’émergence d’un jazz archaïque dans les bouges autour du Vieux-Port, sur fond de tableaux de la diaspora noire internationale, dans son roman Banjo (1927). Un siècle plus tard, c’est plus qu’un hommage qui lui est rendu, à la Cité de la Musique, le 21 octobre 2023.

© Matthieu Verdeil

Projections vidéo sur trois écrans et compositions musicales originales se succèdent entre les évocations d’un proto-jazz dans la cité phocéenne et de la créolisation de la ville. Musicalement, les compositions collectives sont riches d’échos coltraniens ainsi que de réminiscences d’un patrimoine africain universel qui ne sont pas sans évoquer Randy Weston. Le jeu de saxophone ténor de Lamine Diagne y est certainement pour beaucoup, entre pentatoniques renversantes et incantations à la fois douces et rageuses. L’amplitude des intervalles, la profondeur de la rythmique, invitent le public à un rituel onirique confinant à la transe.

La perfection musicale est au rendez-vous avec Benjamin Rando (piano), Sam Favreau (contrebasse) et Maxime Sanchez (batterie). Le blues archaïque « Shake That Thing » prendra des accents free, comme il se doit.

Les slams concoctés pour le spectacle sont riches d’une métrique groovy à souhait - c’est très rare d’avoir un tel raccord avec la musique. Il va de soi que des incontournables de McKay sont lus avec force et tendresse, en français - des originaux comme « If We Must Die », ce poème antiraciste éternel, sont projetés. Il y a une cohérence avec des projections dont le montage et les couleurs saturées assènent le message d’un monde patchwork. Un monde autant dans le passé que dans le présent, mais aussi dans l’avenir. Depuis, le projet a été joué au MUCEM, intégrant le rappeur Mike Ladd, ainsi qu’à la Maison de la Poésie à Paris.