Scènes

Tony Hymas à Sons d’Hiver

Un pianiste pour le prix de 3 concerts.


Ursus Minor : Tony Hymas (p,synth) / Jef Lee Johnson (g) / François Corneloup (bs) / Dave King (d)
Invités : Jeff Beck (g) / Ada Dyer (voc) + rap : Boots Riley (The Coup) / Stic-Man / M1 (Dead Prez) / Spike / D’ de Kabal
Samedi 18 Janvier & Dimanche 19 janvier - Théâtre Romain Rolland VILLEJUIF

« Avec le Temps » : Moebius / Tony Hymas (p) / Hélène Labarrière (b) / Paul Clarvis (d)
Mardi 28 Janvier - Espace Jean Vilar ARCUEIL

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Tony Hymas (Hélène Collon)

Surnommé le « Brahms du jazz », accompagnateur ou sideman de luxe (Sinatra, Jeff Beck, dernièrement Michel Portal), Tony Hymas reste relativement méconnu du « grand public » ; c’est un petit maître comme on dit dans ces cas là.
D’où l’idée de Sons d’Hiver de lui confier deux projets audacieux, l’un se présentant comme un vaste melting pot musical, et l’autre ayant pour thème la rencontre de l’image et du jazz.
Risqué et original, ce qui donne comme souvent des résultats contrastés.

Car à voir le programme des deux soirées de Villejuif, on s’était déjà pris à rêver d’une véritable communion musicale entre tous les protagonistes : improvisateurs, rappeurs, soulwoman, rockeurs et ce ne fut pas vraiment le cas.


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Dead Prez (Hélène Collon)

Je ne voudrais pas renier le plaisir de gosse que j’ai eu tout au long de ce concert, puisque la musique a été de bonne qualité, avec à l’arrivée la stimulation du questionnement.
Je pense franchement que Tony Hymas, avec l’ampleur de la rencontre, n’a pas eu tout le temps nécessaire pour approfondir son sujet et en soit finalement resté à la surface des choses.
Donc des regrets…Car on regrette que la première partie en quartet se soit finalement résumée à une grande jam de luxe. Jam car le procédé musical est réduit à un riff sur lequel les musiciens improvisent longuement. Luxe, puisqu’ils ont abattu tous leurs atouts : François Corneloup groove et lyrique, Dave King percutant, Jeff Lee Johnson hendrixien à souhait et Tony Hymas tout en subtil décalage.
Ensuite on regrette que ce quartet ait servi la soupe aux invités.
Peu ou pas d’échanges avec les instrumentistes (hormis la star Jeff Beck avec laquelle on s’amuse) : les rappeurs squattent la scène, en imposent. Cela donne une grande puissance, mais c’est quelque peu daté (on pense à Public Ennemy pour la manière), le message est parfois naïf.


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Jeff Beck (Hélène Collon)

Pour revenir à des choses plus positives, on aura été ravi par la magnifique chanteuse de soul Ada Dyer, la guitare quasi heavy de Jeff Beck (un peu court quand même l’apparition). Et de voir enfin tout le monde réuni sur « Satisfaction » de Stevie Wonder.

Ce fut donc une rencontre d’adolescents avec tout ce que ça comporte de jubilatoire, de tendre et qui devra maintenant -on l’espère, entrer dans un âge adulte.

On retrouve Hymas une dizaine de jours plus tard pour un concert aux antipodes d’Ursus Minor (ce qui devrait prouver l’ouverture d’esprit du bonhomme).
Le dessinateur Moebius a fait quelques couvertures des disques du pianiste, il a émis son envie de dessiner comme le trio improvise, conclusion triviale : l’organisation d’un concert s’impose ! Ce fut chose faite et ce pendant une petite heure.


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Le dessin de Moebius (Hélène Collon)

Une musique ouverte, aux teintes modernes de l’improvisation libre, parfois impressionniste et une seule mélodie « Avec le temps » vite énoncée. C’est extrêmement bien vu de la part du trio de Tony Hymas de ne pas avoir produit une musique qui se prêterait à l’illustration, à un sujet, et de laisser Moebius interpréter librement les atmosphères proposées. Par moment il a suivi la musique (par point rythmique, par courbe mélodique), mais l’essentiel n’était pas là.
Le trait est devenu au même titre de la musique improvisée, une trace éphémère de l’instant et l’ensemble (Moebius a proposé en tout 4 dessins, dont un très fugitif dont il ne semblait pas satisfait) un résultat saisissant, figé, du temps des différents morceaux.
On voit pendant tout le concert la mutation de la représentation de Moebius. Abstraite dans l’ensemble, il retravaille par couches successives et se fixant sur des détails.
Ce qu’on croit voir un instant se transforme sans cesse : une sorte de citron, puis une amande bleue qui devient un système planétaire, puis un être couché vite rattaché à un autre être ! Autre exemple, le dessin final présenta deux zones sur lesquels Moebius est revenu plusieurs fois, une faite de forme en volume rouge, verte et bleue proche des délires du monde d’Edena et une autre dans laquelle je vis tour à tour un masque africain, une tête d’indigène effrayante, une trace laissée sur un linceul et pour finir un visage recueilli…


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Le dessin de Moebius (Hélène Collon)

L’image et la musique improvisée se rencontrent épisodiquement (on se souvient d’expériences avec Guy Le Querrec), on ne sait pas si au fond Moebius a dessiné comme les musiciens ont joué, mais le temps du concert fut particulièrement réjouissant.
Définitivement, le genre de rencontre que l’on aimerait voir se renouveler.