Portrait

Bojan sideman ?

Ils ont dit…


Au regard de sa longue discographie, on constate que Bojan partage l’aventure de différents groupes, non pas comme leader mais comme sideman. Nous avons collecté l’avis de quelques-uns
de ses « employeurs ».

Bojan Biografikarpasic : Né à Belgrade en 1968, il se prend de passion pour le jazz, les musiques traditionnelles et le rock. A dix-huit ans, il part aux Etats-Unis pour étudier le jazz, et en étudier les racines. Petit à petit, il se rend compte de l’importance de son héritage culturel. Il s’installe en France en 1988. Il est alors le pianiste du big-band Caravansérail de Jacques Bolognesi. Il remporte le prix de soliste au Concours de la Défense en 1990, devient membre du quartette d’Henri Texier en 1991. Il donne des cours au CIM et à l’EDIM depuis 1991. En 1992, il remporte le prix d’orchestre et de composition avec le Bojan Z. Quartet, à la Défense. Il est membre du quartet de Sylvain Beuf, aux côté de Christophe Wallemme et Stéphane Huchard en 1993. Il participe à divers projets, signe chez Label Bleu avec son quartette en 1994. Il tourne aujourd’hui avec son trio (Tony Rabeson et Olivier Sens) et en solo. Il fait aujourd’hui partie des plus grands pianistes de la scène jazz.

Henri Texier : Ce n’était pas un choix, c’était une rencontre. Un jour Sébastien, mon fils, m’a fait entendre une cassette de ses copains. Et dans cette cassette, j’ai entendu Bojan. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu un pianiste qui jouait de cette façon-là, c’est-à-dire qui utilisait très peu de « pianismes », de doigtés, de manières d’approcher le piano comme le font souvent les pianistes. On s’est rencontré et on a travaillé ensemble. Bojan a toujours été associé à tous les projets que j’ai pu organisés. Je me suis aperçu qu’il connaissait énormément de choses. Bojan vient des Balkans, et les gens de cette région n’ont pas peur de jouer vite. Ce qui est intéressant, c’est que l’on peut avoir des accélérations de sa part.


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© So What

C’est un bonheur de jouer avec Bojan, parce que c’est quelqu’un de très ouvert. Il a une écoute très attentive. C’est quelqu’un qui va vite pas seulement sur le clavier mais aussi dans sa tête : il anticipe beaucoup, parfois trop. Mais il vaut mieux anticiper trop que d’être un suiveur. Bojan est le contraire de ce que je n’aime pas dans la musique et chez les musiciens, c’est-à-dire un suiveur.

Nguyen Lê : Je ne le connaissais pas beaucoup, mais j’aimais ce qu’il faisait, il me sensibilise énormément. Pour le disque, il y avait beaucoup d’arrangements qui nécessitaient du piano et du synthétiseur, j’ai cherché dans les gens que je connaissais une personne qui pourrait s’en charger. Je savais que Bojan ne jouait pas de synthé dans ses groupes, mais je savais aussi qu’il aimait beaucoup cet instrument et qu’il aimait bien délirer avec, notamment dans le groupe Trash Corporation. Je savais aussi qu’il était d’origine yougoslave, donc le rapport avec la musique d’Afrique du Nord pouvait marcher. En fait, notre collaboration a vraiment dépassé mes attentes, surtout au niveau ethnique (les arabesques, les ornements…). Au niveau rythmique aussi, Bojan a apporté beaucoup de choses, notamment dans les mesures composées. Je ne pensais pas que cela irait aussi loin. Je pense que le fait d’avoir joué dans ce groupe l’a changé. Je trouve qu’avec son dernier disque, il est complètement dans ses racines, et que son talent a totalement explosé.

Daniel Casimir : Notre rencontre date de 1991 avec Trash Corporation. A l’époque je m’étais déjà intéressé à la musique de l’ancienne Yougoslavie. Bojan a énormément de moyens. On peut lui proposer n’importe quoi comme musique, il a une oreille très ouverte. Il mélange de grands moyens techniques et une expérience auditive, ce qui dégage beaucoup de chaleur. Quand Bojan joue, il émane de lui une forte personnalité. Quand on lui laisse de la place pour s’exprimer, ça devient tout de suite quelque chose de personnel, ça ne sonne pas comme un autre pianiste qui a bien appris sa leçon de jazz. Il a quelque chose de plus qui rend sa musique plus personnelle.