Scènes

Camille à la Cigale, régal !

L’humeur jazz. Qui sait ?


Sur scène, sept musiciens.
Un pianiste très discret sur l’instrument, plutôt vocaliste, vaguement percussionniste et quelque peu joueur de peau.
Deux garçons, human beatboxes, aux grooves complémentaires et malins. Tapis rythmique et mélodique tout en variations subtiles et versatiles.
Deux faux tap-dancers germinent des scansions et des accents de pieds, de mains, du corps et de la bouche. “Drive“ impeccable et détendu.
Deux choristes au féminin tout en contrechant et contre-temps, affûtées et souples. Broderie fine.
Et elle. Camille. Pensée et expression musicale à l’œuvre. Son truc à elle.
Avec sa voix facétieuse et céleste, rauque et gamine. Tout à la fois. Puissante et légère, frivole et profonde. Fondue dans la musique du groupe.

Camille comme le chant du corps, de la danse et des mots. Instrument unique.
Un corps à fleur de peau, osons-le ; le corps joueur d’une jeune femme un peu chamane qui appelle à la communion avec le public certes, mais en lui signifiant d’abord une proposition musicale charnue et dense. Nul effet de charme gratuit. La musique d’abord et avant tout. Et puis les mots comme des échappées-belles, des gourmandises impressionnistes pour peindre son espace. Ailleurs.

Camille comme un ensemble de musique d’aujourd’hui. Ancré dans la tradition “soul“, comme le “son“ du nouvel album dirons-nous, et résolument ouvert, tête chercheuse. Têtu.
Ni branché, ni sur-produit (dans tous les sens du terme), ni calibré, avec à sa proue une franche tireuse qui sait ce qu’elle veut/vaut. Affranchie des attentes et des exigences du music business semble-t-il.

Camille comme un souffle heureux de liberté et d’intelligence dans l’écriture, les arrangements, l’agencement des timbres et des textures sonores, la précision et la pertinence des tuilages vocaux et rythmiques. C’est ouvragé aux sens et au plaisir. Ça joue, ça improvise parfois et ça rigole aussi, à en faire oublier la rigueur d’interprétation qu’une telle musique demande.
L’humeur jazz. Qui sait ?

Bien sûr, nous pourrions aussi dire que Camille ne “tient“ pas totalement le concert, qu’il y a des “creux“ dans son déroulement ou que ça déborde un peu par goût, provoqué/assumé, de la fête et du partage, parfois facile, avec le public ; que ceci, que cela et… que trop de générosité nuit à l’impact artistique du spectacle ! Oui c’est vrai. Et alors ?

Mais que ce “parfait“ imparfait reste stimulant et jubilatoire !