Scènes

Fin de Party pour l’ONJ Yvinec


Samedi dernier l’Orchestre National de Jazz réuni par Daniel Yvinec donnait le dernier concert de son quinquennat à la Ferme du Buisson à Noisiel. Un nouvel ONJ dirigé par Olivier Benoit prendra bientôt le relais. Précédé par trois pièces composées par John Hollenbeck pour Shut Up and Dance, le programme fut particulièrement festif, avec des musiciens enjoués, sur le thème de The Party, leur nouvel album conçu par Yvinec en collaboration avec le multi-instrumentiste, producteur et arrangeur new-yorkais Michael Leonhart.

Le nouveau répertoire (mais très éphémère au regard du planning) est résolument pop et funky, clin d’œil nostalgique aux années 70 et 80, les synthétiseurs grignotant doucement le terrain pour se fondre à l’orchestre. Le flûtiste Joce Mienniel se partage avec son MS80 analogique, le saxophoniste Matthieu Metzger souffle dans sa vocodeuse SysTalk Box, le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang pianote sur son Roland SH101, la pianiste (bien préparée) Ève Risser s’est offert un clavecin électrique Baldwin et Vincent Lafont perpétue naturellement ses virtuosités claviéristes. Ajoutez un power trio formé de Pierre Perchaud à la guitare, Sylvain Daniel à la basse et Yoann Serra à la batterie, plus le ténor véloce de Rémi Dumoulin et la trompette avec ou sans coulisse de Sylvain Bardiau (qui se fendra même d’un chorus humoristique à la seule embouchure), et l’orchestre est au complet ! Sur l’album, Leonhart joue, entre autres, de la trompette, et Yvinec y participe physiquement plus que de coutume, complice de son alter ego américain.


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Eve Risser © Fabrice Journo

On ne coupera heureusement pas à la musique éponyme de Mancini pour le film The Party, et hormis nombre de pièces originales « à la manière de », on a droit à des versions punchy du « Requiem pour un con » de Gainsbourg et Colombier, d’« Everybody’s Got To Learn Sometime » de James Warren, « Je m’appelle Géraldine » de Jean-Claude Vannier, « Once In A Lifetime » des Talking Heads, « Rainy Day / Strawberry Letter » de Shuggie Otis. Samedi, rappel de circonstance en clôture, le solo sur un fil de Hoang au sax alto pour la valse des 400 coups composée par Jean Constantin fut particulièrement émouvant.

Et Rémy Kolpa-Kopoul de sonoriser l’after comme ça lui chante à son tour, alors que les musiciens de l’orchestre se séparent, en route pour de nouvelles aventures… Daniel Yvinec et son orchestre improbable de jeunes virtuoses aux talents protéiformes auront apporté leur pierre à l’édifice en ouvrant le jazz à l’influence de toutes les autres musiques actuelles, pop, rock, électro, tango, contemporain, et même jazz. Alors peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse !