Chronique

Frank Carlberg Large Ensemble

Elegy For Thelonious

Label / Distribution : SunnySide Records

Jouons (avec) Monk, s’est dit un jour Frank Carlberg, chef d’orchestre d’origine finlandaise établi aux États-Unis. À la tête d’un big band réunissant des musiciens d’exception (notamment le pianiste claviériste Leo Genovese, compagnon de route d’Esperanza Spalding, ou encore le trompettiste expérimentateur Kirk Knuffke), une chanteuse et une récitante, il s’est lancé dans la confection d’un répertoire riche des échos des compositions mais aussi des éléments de langage du « grand prêtre du be-bop ».

Les arrangements conçus en cellules et éclats successifs, auxquels s’agrègent des traits d’orchestre angulaires sur une rythmique superlative qui se plaît à provoquer des désarticulations de l’ensemble, sont autant d’occasions de rugir, de susurrer, de triturer et de restituer une sorte de substantifique moelle des codes monkiens, si tant est qu’ils aient un jour existé. Si des échos des compositions originales se font entendre au fil des titres, c’est pour mieux s’en emparer pour faire œuvre novatrice.

C’est certainement là que se trouve le sens caché du titre : on ne peut rendre hommage à Monk qu’avec un sens poétique et lyrique affûté, en donnant à percevoir une sorte de plainte douloureuse – l’inaccessibilité de l’art du Maître ? - et des sentiments mélancoliques, ce sens du blues décalé, aux accents parfois burlesques. Un poème homonyme de Yusef Komunyakaa, déclamé au milieu du disque, renforce le mystère monkien : « Mon Dieu voici Thelonious avec ce vieux chapeau funky tiré sur ses yeux ».