Chez Frémeaux & Associés, les disques sont souvent doubles. Physiquement, déjà : l’usage étant de trouver deux galettes de polycarbonate dans le boîtier mais aussi parce qu’ils permettent d’associer plaisir d’écoute et travail de mémoire.
Ce coffret ne fait pas exception. Il accompagne un livre d’Alain Gerber – dont le livret donne déjà un avant-goût dense et savoureux – et raconte, morceaux à l’appui, la naissance puis l’essor d’une musique ayant inventé une certaine idée du cool, mariant le chuchotement de la douceur de vivre à une touche de mélancolie.
La bossa nova est une musique qui n’oublie pas ses racines tout en étant résolument moderne, à la fois urbaine et tournée vers la mer, carioca en diable. Et autres clichés pas toujours faux.
Naissance de la bossa nova se divise donc en deux disques.
Le premier revient aux sources brésiliennes. Alain Gerber choisit d’ouvrir le chemin par un détour essentiel : Heitor Villa-Lobos. On a beaucoup parlé de Debussy ou de Ravel lorsqu’il s’agit d’expliquer les raffinements harmoniques de la bossa ; on oublie parfois ce que le Brésil lui-même portait déjà en lui. Cette compilation rétablit l’équilibre. Gerber écrit justement : « ce n’est pas que la bossa nova et ses dissidences […] aient désiré lui devoir quelque chose : c’est qu’elles ne pouvaient pas faire autrement. »
Puis viennent les figures attendues (Jobim, João Gilberto, Baden Powell, Vinicius de Moraes) entourées d’artistes moins connus sans être forcément secondaires.
(On retrouve d’ailleurs là une des qualités de Frémeaux & Associés : donner envie d’aller plus loin, rappeler cette évidence qu’un genre déborde ses icônes.)
Le second volume se penche sur la traversée vers les États-Unis et l’enthousiasme que la bossa y suscita chez musiciens et public. Il y eut, à cette occasion, procès en édulcoration. Mais la liste des musiciens (Stan Getz bien sûr, Dizzy Gillespie, Coleman Hawkins, Quincy Jones par exemple) et le résultat de leur relecture empêchent de bouder son plaisir.
