Scènes

Sons d’Hiver, Extérieur Jazz

Du reggae, des musiques traditionelles et de la soul à Sons d’Hiver 2002.



Le 02 février 2002 : Soirée reggae avec Carl Dawkins, Leroy Sibbles, Patrice.
Nogent sur Marne - Pavillon baltard


Le 07 février 2002 : « Amane Amane » Le Salon de Musique.
« African Gnawa Blues » Majid Bekkas Sextet.
Ivry s/ Seine - Théâtre Antoine Vitez


Le 15 février 2002 : Rodolphe Burger & Meteor Band + Dr L invitent James Blood Ulmer.
Jamaladeen Tacuma « Flow ». Nona Hendricks / Vinx / David Fiuczynski / Jojo Meyer.
Créteil - Maison des Arts André Malraux

Comme tous les ans Sons d’Hiver n’a pas été un festival de jazz au sens estival du terme. Il est l’occasion pour l’amateur de découvertes bien souvent passionnantes et hors des sentiers battus.

Commençons par le plus éloigné du jazz, puisqu’il s’agit de reggae. Dans une atmosphère des plus enfumées, deux monstres de cette musique et le jeune Patrice se sont produits à Nogent sur Marne le 2 février dernier.
Carl Dawkins, qui débuta dans les 60’s, n’a pas vraiment reçu l’accueil qu’il méritait. Le public le conspue rapidement, bien qu’il n’y ait pas vraiment matière à un tel « scandale ». Il fallait sans doute quelque chose de dynamique pour commencer, ce ne fut pas le cas. Pourtant la voix typiquement roots du chanteur s’accompagnant de sa guitare ne méritait pas tel accueil ; passons…
Le public a donc eu ce qu’il voulait avec Leroy Sibbles, l’ex bassiste des Hetpones (mythique trio vocal de la musique jamaïcaine). Grand showman, habile, un peu roublard et business man (« I love you…but I got to love you »), il a enflammé le pavillon Baltard avec un reggae puissant et rythmé. Sa voix est magnifique et le groupe français qui l’accompagne joue bien, sans aucun doute le meilleur concert de la soirée.
Pour conclure, la jeune coqueluche du reggae Patrice, que tout le monde attendait impatiemment. Il m’a laissé l’impression de quelqu’un de talentueux, cherchant sans doute à faire sortir le reggae de son cadre ; mais aussi de terriblement opportuniste (à la manière de Ben Harper par exemple).


A Ivry, le 7 février un petit miracle eu lieu. Rassemblés par Mathieu Hegene, des musiciens d’horizons divers (Arménie, Iran, France, Maghreb…) ont communié pendant plus d’une heure. Un salon de musique (puisque c’est le nom du spectacle) où chacun pu s’exprimer librement et se fondre dans le collectif. Au-delà des barrières culturelles, des préjugés, une musique pour l’avenir, que l’on aimerait qu’elle devienne essentielle aux yeux et oreilles du plus grand nombre.
Majid Bekkas prit naturellement la suite avec son sextette, en donnant une lecture moderne des musiques gwana : l’Afrique, un certain blues, la danse rythmée par les quarquabous et les youyous de spectatrices ravies.


On passera rapidement sur la rencontre ratée entre le Meteor Band de Rodolphe Burger (leader de Kat Onoma) et James Blood Ulmer. Certes desservie par une balance affreuse, le groupe s’est empêtré dans le post-apocalyptique branché, et Burger n’a jamais été capable d’insuffler un quelconque souffle à tout ceci.
Attardons-nous plutôt sur le dernier projet de Jamaladeen Tacuma. En hommage à la soul music, le sautillant bassiste a réuni une équipe de choc. A la guitare, l’un des seuls qui parvient à secouer le cocotier du jazz fusion, David Fiuczynski alias « Fuze ». Hendrixien, usant de techniques indiennes, son discours vif a électrisé le concert.
On trouve aussi dans ce quintette, Nina Hendricks et Vinx grand soulman et percussioniste à la voix chaude. Un bon équilibre entre expérimentations sonores (les polyphonies créées par le chanteur) et musique « grand public ».
Tacuma a le sens du show et Nina Hendricks un charme qui ne laisse personne indifférent…surtout quand elle chante « Voulez-vous coucher avec moi, ce soir » !