Vince Mendoza

Blauklang

Distribution / Label : ACT/Harmonia Mundi

Certes, Duchamp a mis des moustaches à la Joconde. Mais tout de même, on ne devrait pas toucher aux œuvres culte. Barbouiller « All Blues » de crème au beurre, c’est plus qu’indigeste. Rien de l’épure et de la tension de l’original, avec son ostinato digne du Bolero de Ravel, ne se retrouve dans les textures riches à l’excès de la version qu’en donne un orchestre de dix musiciens de haute volée réunis par Vince Mendoza pour jouer ses arrangements. Il y a certes là du luxe et du calme, mais pour la volupté, on repassera, tout comme on passera sous silence la récidive, trois plages plus loin avec « Blues For Pablo », tout en ayant bien compris que blues et bleu se voulaient le fil de cet album.

Nombre de jazzfans auront donc abandonné en route ce disque. Il est de notre devoir de les informer qu’ils pourraient avoir eu tort. Ce disque en effet, aurait aussi bien pu se réduire à la suite en six mouvements qui le clôt. Enregistrée en public, cette suite aux premiers mouvements éthérés, à base d’arrangements raffinés, propose un bouquet final qui donne aux instrumentistes de haut niveau (Markus Stockhausen, Peter Erskine, N’guyên Lê, Steffen Schorn entre autres), l’occasion de lâcher la bride et de quitter ce disque au démarrage catastrophique, sur une touche beaucoup plus “jazz”.