Chronique

Bob Brookmeyer with the Ed Partyka Jazz Orchestra

Madly Loving You

Ed Partyka (leader), Bob Brookmeyer (valve tb), Marko Lackner (as, ss, f, piccolo), Oliver Leicht (as, ss, cl, f, piccolo), Matthias Erlewein (ts, ss, cl, f), Frank Delle (ts, ss, cl, alto flute), Edgar Herzog (bs, bcl, cl, f), Thorsten Benkenstein (tp, bugle, tacet), Sebastian Strempel (tp, bugle, tacet), Torsten Maaz (tp, bugle, tacet), Thomas Gansch (tp, bugle), Dominik Stöger (tb), Ansgar Striepens (tb), Christian Jaksjö (tb), Richard Henry (btb), Christine Chapman (cor), Pip List (cor), Isabelle van de Wiele (cor), Andy McKreel (tuba), John Hollenbeck (d), Ingmar Heller (b : 1, 3, 4, 5, 6, 9), John Goldsby (b : 2, 7, 8).

Label / Distribution : Challenge Records

Bob Brookmeyer, qui a été présent, au trombone à pistons, dans des séances mémorables de Gerry Mulligan, Stan Getz, Clark Terry ou l’orchestre Thad Jones/Mel Lewis, pour ne pas parler de ses propres enregistrements, s’est fait maintenant une mission : la composition et l’arrangement pour grand orchestre, et plus particulièrement le sien, le New Art Orchestra basé en Allemagne. Il ne se contente pas de s’occuper de sa carrière, mais se consacre à la transmission de son expérience et de sa vision à ses élèves, par le biais de « workshops » réguliers. A en juger par les résultats dans ce CD superbe, sa méthode est efficace.

Ed Partyka, trombone basse / compositeur / arrangeur américain vivant en Allemagne et ancien élève de Brookmeyer, a conçu cet album en hommage au maître à l’occasion de son 70ème anniversaire. Quelques grands admirateurs de Brookmeyer ont contribué à des morceaux écrits pour lui - des noms comme Bill Holman, Manny Albam et Jim McNeely, et, plus jeunes, Maria Schneider et Frank Reinshagen (anciens élèves), Partyka, Marko Lackner et John Hollenbeck. Les trois derniers jouent également dans le New Art Orchestra.

Partyka n’a pas lésiné sur l’instrumentation : cinq saxophonistes assurant aussi flûte, clarinette, piccolo, etc., cinq trompettistes jouant aussi du bugle, quatre trombones, trois cors, tuba, contrebasse et batterie. Il n’y a pas de piano, mais c’est tant mieux - on n’aperçoit que plus clairement toutes les couleurs, les textures, les interactions des autres instruments.

Difficile de savoir si l’écriture est plus impressionnante que le jeu des
musiciens, ou le contraire. Brookmeyer, qui pour une fois n’est pas solicité pour sa plume, est le soliste pratiquement unique du disque. Ses improvisations sont sans esbrouffe, sans effets faciles : simplement des lignes mélodiques sobres, subtiles, équilibrées ; le genre de solos qui révèlent patiemment leurs richesses après des écoutes successives, plutôt que d’étonner une fois et ensuite ennuyer. Mais le coeur de l’affaire, c’est l’orchestre face aux arrangements. La précision, la dynamique, les timbres - un big band de rève, exécutant une musique riche et exigeante avec confiance.

Le grand orchestre de jazz n’est pas mort, bien que, comme Zappa a dit du jazz tout court, il a parfois eu une odeur suspecte. Ed Partyka aide à faire rayonner une nouvelle génération du big band - son saxophoniste Frank Reinshagen a aussi enregistré pour grand ensemble, et Marko Lackner compte entre en studio avec le sien cette année. Ils citent tous comme inspiration Bob Brookmeyer, qui sortira le nouveau CD de son New Art Orchestra au mois de mai 2001.