Chronique

Charolles-Domancich-Bopp

Les Jours rallongent

Denis Charolles (dms, objets), Sophia Domancich (p), Christiane Bopp (tb, voc).

Label / Distribution : Labelouïe

Nous étions présents lors d’un concert de ce trio aux personnalités fortes, à quelques semaines du premier confinement. La création avait lieu sur France Musique, dans l’émission d’Anne Montaron. La rencontre s’annonçait prometteuse entre le batteur Denis Charolles et des musiciennes comme Christiane Bopp et Sophia Domancich. Si de prime abord, le batteur semble bien plus expansif que les artistes réputées discrètes autour de leur instrument, il y a une alchimie, une tension qui confère à l’évidence. Un morceau comme « Auras-tu les pieds », lancé bille en tête par Charolles, est l’occasion d’une belle passe d’armes avec le jeu très percussif et plein de bourrasques de Domancich. De son côté, Christiane Bopp a toujours cette attaque formidable qu’on lui connaît au trombone. C’est elle qui impressionne constamment dans ces échanges, par la créativité qu’elle apporte et par le jeu étendu de son instrument.

Autour du trombone, Charolles et Domancich construisent. Lorsque Bopp se souvient de quelques ritournelles qu’on croirait sorties d’un corpus ancien, voire baroque, c’est que de la batterie sont sorties quelques luxuriances mal peignées, de la frappe d’objets au cri dans un clairon. De son côté, Sophia Domancich joue un jeu sec et autoritaire dans le chaos, squelette d’un rythme puissant qui n’oublie pas de fouiller ses entrailles (« Souvenir du permien »). On a le sentiment que cette rencontre peut à tout moment basculer vers l’un ou l’autre des improvisateurs, comme une balle qu’on s’échange : avec « Cabane », on passe certes par des instants plus suspendus, mais tout concourt à l’impermanence ; ce morceau, comme d’autres, dure une poignée de secondes, rarement plus longtemps que trois minutes. Ce sont des instantanés, des climats fugaces.

Alors certes, Les Jours rallongent. Mais c’est bien la part d’ombre qui nous intéresse le plus dans ce trio. Celle qui s’attache à la lune et à la nuit, ce qui donne les plus beaux débuts de crépuscule, à l’image d’« Osaka » et la magnifique prise de champ de Bopp, ou le central « As Sleigh Bells » et son growl fantastique qui s’harmonise idéalement avec un piano devenu plus fluide dans la mitraille lointaine de la batterie. Entre chien et loup, c’est toujours le moment où les rêveurs se retrouvent.